Journal de bord d’une femme hémiplégique

Petite, Caroline Lhomme rêve d’un destin d’acrobate. Après de brillantes études en marketing et communication, elle devient journaliste. Malheureusement, en 2001, une rupture d’anévrisme balaye ses projets de vie, de mariage aussi. Hémiplégique à 28 ans, Caroline doit apprendre à vivre dans « un demi-corps ». En octobre dernier, son livre « Bienvenue dans mon demi-monde, le journal pas triste d’une survivante » raconte sa résurrection, avec humour. À travers son témoignage, Caroline Lhomme souhaite véhiculer une autre image des personnes handicapées : « nous aussi, on peut être drôle et sympa ! ». Celles qui Osent vous embarque dans le « demi-monde » d’une femme courageuse qui ose rire d’elle-même. 

L’AVC foudroyant

Jeune femme de 29 ans, Caroline Lhomme a été victime d’un accident vasculaire cérébral, une interruption soudaine de l’apport sanguin au cerveau. L’AVC a des conséquences graves : il est la 3e cause de mortalité en France, mais aussi la première cause de handicap acquis de l’adulte. En France, environ 150 000 personnes sont atteintes d’AVC chaque année.

« Fuck, c’est le premier mot que j’ai écrit sur mon ardoise quelques jours après l’accident. Je sentais que je n’étais pas en bon état, mon gosier me torturait, ma tête était couverte de bandages. J’ai perdu mon côté gauche et me voici plongée dans le demi-monde, celui de l’hémiplégie. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, dans l’urgence les pompiers qui m’ont sauvé, m’ont introduit un tuyau dans la gorge pour éviter que je n’étouffe. Leur engin est parti de travers, il a déchiré ma trachée, si bien que je n’ai pas pu parler pendant un an. » Douze mois plus tard, un « amour de chirurgien » effectue une reconstruction grâce à un tube en silicone. « C’est à lui que je dois ma voix à la Lauren Bacall… » Caroline passe de longs mois à l’hôpital, tentant de s’habituer à ce nouveau corps, à moitié fonctionnel. Elle doit endurer les spasmes, les contractures et les crampes. « En matière d’hémiplégie, soit on est tout flasque, soit on est trop tonique. J’appartiens à la seconde catégorie, d’où mes douleurs. » 

Peu à peu, son fiancé s’éloigne, et devient de plus en plus distant. « Je me disais qu’il y avait anguille sous roche. L’anguille, c’était une psychologue rencontrée sur Internet, avec qui il s’est marié et a eu un enfant. » 

Le journal pas triste d’une survivante

Les chroniques de Mad’moiselle trotte-menu 

Hémiplégique durement atteinte, Caroline décide de ne pas subir cet état tragique : « j’ai fait le choix de me marrer ». Face à toute cette adversité, elle adopte l’humour comme arme de résilience, pour rendre la situation moins insupportable. « Je voulais faire rire mes proches plutôt que de les faire pleurer. »

Privée de la parole, elle utilise durant plus d’une année l’écriture pour partager son quotidien à ses amis. Depuis toujours, Caroline Lhomme manie le second degré ; le handicap ne lui a pas enlevé son humour. Elle a toujours une bonne blague à raconter, un jeu de mots à dégainer. Elle rédige alors des chroniques sur son histoire, signé du pseudonyme « Mad’moiselle trotte-menu », un personnage issu d’un livre pour enfant. Elle constitue ainsi le journal de bord d’une résurrection, qui agit tel un cocktail d’amphétamines ! Absolument pas larmoyante, elle témoigne avec beaucoup d’autodérision et d’humour sur son parcours, décrivant sa « deuxième vie ». Elle intitule l’ouvrage « Bienvenue dans mon demi-monde » ; le demi-monde au 18e siècle était celui des femmes de petites vertus et le parallèle l’amuse.

Un demi-monde amusant

Le livre retrace son quotidien, de l’annonce de l’accident à ses séjours en rééducation, indispensables pour retrouver son autonomie. Il compile aussi des anecdotes, avec des thématiques récurrentes telles que la drague, les hommes et l’alcool ! « En fauteuil roulant avec un verre de pinard », Caroline s’amuse de sa nouvelle vie. Sa grande spécialité réside en une démonstration de twist hémiplégique hilarante. « Je n’ai jamais eu honte de moi ».

Florence Cestac, dessinatrice de bande dessinée, accepte de l’illustrer avec une trentaine d’images humoristiques. « Elle m’a représentée en Grande Duduche et a parfaitement su traduire mon esprit d’autodérision. » 

La soif de vivre

Bien entourée, Caroline a soif de vivre et de s’amuser : elle fait du surf, du yoga, de la gymnastique ou de l’équitation. Elle vole en parapente, pilote une Ferrari, part en croisière en voilier, et aime par-dessus tout faire la fête avec ses amies. Elle ne cache pas ses projets ambitieux d’entreprendre le marathon de Paris ou d’entrer à l’école du cirque de Pékin. « Je suis très remuante pour une paralysée ! » 

La double peine : l’emploi et le handicap

Professionnellement par contre, malgré sa ténacité, elle n’a pas retrouvé de travail dans le journalisme. Elle n’a pourtant jamais cessé d’écrire ; elle est aujourd’hui rédactrice web spécialisée pour des sites tels que Handirect et Cercle Handitec.

Elle soulève l’impact négatif de la Covid-19 sur l’emploi des personnes handicapées. « Pour nous, c’est une double peine. On se sent abandonné. » Elle s’engage dans de multiples associations telles que l’Association des Paralysés de France (AFP), Femmes pour le dire, Femmes pour agir, et se mobilise pour la cause des « Zandis ». « J’aime ce mot pour parler de nous. Les périphrases alambiquées comme personne en situation de handicap n’ont rien de respectueux pour nous. L’hypocrisie et la pitié ne font pas de bien. »

 

Avec ténacité et humour, Caroline Lhomme continue d’avancer, malgré cet accident de la vie. « Le handicap est une chose sérieuse, mais pas forcément triste… » Cela fait désormais vingt ans qu’elle enchaîne les opérations et les séjours en centre de rééducation. C’est un véritable exemple de combativité, et son livre une magnifique leçon de vie, un remède à la détresse. Plutôt que d’en pleurer, apprenons à sourire, et même à rire de nos malheurs… 

Violaine B — Celles qui Osent

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