Biographie de Clémentine Delait : sa particularité physique, son atout

Célèbre femme à barbe du XXe siècle, Clémentine Delait, mena une existence bien loin des freak shows, expositions de phénomènes de foire et autres spectacles de curiosités humaines. Parce qu’elle refusa de s’exhiber, elle connut un tout autre sort que celui des femmes à barbe de son époque. La découverte en 2005 des mémoires de celle que l’on nommait « la fée à barbe de Thaon-les-Vosges » dévoile un destin hors norme. Plongez dans la biographie de Clémentine Delait.

D’une pilosité timide à une barbe assumée

La moustache lui va si bien !

La biographie de Clémentine Delait démarre le 5 mars 1865. Née Clatteaux, elle voit le jour dans un village des Vosges près d’Épinal. Elle connaît une jeunesse rude et robuste, ordinaire à celles des filles de la campagne. Vers l’adolescence, sa vie prend cependant un tournant quelque peu différent. Elle écrit dans son journal : « À 18 ans, ma lèvre supérieure s’agrémentait déjà d’un duvet prometteur qui soulignait agréablement mon teint de brune ». Pas le moins du monde offusquée par l’apparition de ces poils, elle décide de garder la moustache qu’elle dit plaisante. Elle se résout toutefois à raser son menton.

Alors qu’elle arbore fièrement cet attribut poilu, Joseph Delait, boulanger de Thaon-les-Vosges, est séduit par la jeune femme qu’il épouse en 1885. La boulangerie se transforme alors en café et c’est d’une main de fer que Clémentine Delait gère les affaires familiales. Très à l’aise dans ce nouveau rôle, elle sait faire respecter les règles de son établissement. Avec son physique imposant et sa moustache qui intimide, les clients au comportement inopportun sont facilement remis à leur place ou reconduits vers la sortie. Habitants du village, visiteurs de passage, nombreux sont les curieux qui se pressent au café pour contempler la femme à la moustache. N’en déplaise à la tenancière qui voit là une bonne façon d’amasser des revenus supplémentaires.

Un pari osé qui change la vie de Clémentine Delait

Mais pourquoi Clémentine Delait a-t-elle décidé d’exposer au grand jour son visage poilu ? L’événement déclencheur se produit à la foire de Nancy, lorsque pour 15 centimes elle assiste à l’exhibition d’une femme à barbe. Quelle n’est pas sa surprise en découvrant les quelques poils sur son menton.

De retour au bistrot, elle clame haut et fort à qui veut l’entendre que la barbe de cette pauvre malheureuse n’est rien comparée à la sienne. Mise au défi par l’un des habitués du café, il lui offre 500 francs si elle cesse de se raser. Le pari est accepté… et relevé. 15 jours passent lorsqu’elle réapparaît les joues velues. Au début pleine d’appréhension, elle finit par s’afficher triomphante et sans complexe avec une barbe frisée à double panache. Le bistrot devient un incontournable. Les gens se bousculent pour venir admirer la patronne à la pilosité abondante. Devant une telle popularité, le lieu est renommé « le café de la femme à barbe ».

Femme à barbe célèbre, mais aussi femme d’affaires

La commercialisation de cartes postales à l’effigie de Clémentine Delait

Clémentine Delait a le sens des affaires. Elle décide de faire prospérer le café en commercialisant son image. Son physique atypique attire toujours autant les clients et l’estaminet ne désemplit pas. Profitant de cet engouement, elle se met en scène devant l’œil expert d’un photographe. Il en découle une série de cartes postales. Clémentine avec un chien, Clémentine devant un aéroplane, Clémentine dans la cage aux lions… Les poses sont variées, les décors différents. La vente de cartes postales à son effigie est un véritable succès et lui rapporte beaucoup d’argent. Telle une star qui signe des autographes, elle appose son tampon au dos des cartes qui indiquent exiger « le cachet de madame Delait ». Se crée ainsi tout un commerce autour de l’image de la femme à barbe.

Sa notoriété s’amplifie lorsque durant la Première Guerre mondiale, alors qu’elle s’engage auprès de la croix rouge, les poilus décident d’en faire leur mascotte. De célébrité locale, elle devient célébrité nationale.

La gestion de son image : du succès de la mercerie au refus d’un contrat

L’après-guerre marque de grands changements pour les époux Delait. Fernande devient un nouveau membre de la famille. La petite orpheline de 5 ans est adoptée par le couple peu après le décès de ses parents de la grippe espagnole.

À cette même période, la santé de Joseph, atteint de rhumatismes sévères, se dégrade. La famille se voit contrainte de déménager à Plombières, afin de lui prodiguer des soins adaptés. Leur commerce est alors vendu et les bénéfices sont réinvestis dans l’achat d’une mercerie dont Clémentine en est la responsable. Les affaires vont bon train, l’intérêt des clients pour la femme à barbe ne cesse de croître.

Dans tous les lieux où elle va, elle crée l’événement. En découle pour Clémentine Delait la proposition d’un juteux contrat par Phineas Taylor Barnum, directeur de cirque spécialisé dans les phénomènes de foire. Il souhaite qu’elle fasse partie de sa troupe et qu’elle intègre son freak show. Elle décline l’offre. S’exhiber dans ses spectacles ne l’intéresse pas, qui plus est, elle souhaite rester auprès de son mari malade.

Biographie de Clémentine Delait : femme émancipée et infiniment libre

Le port de la barbe et du costume masculin

Depuis toujours Clémentine joue sur la confusion des genres et ça lui plait. En 1904, elle demanda l’autorisation de porter le costume d’homme, qu’elle obtint d’Émile Combes, président du Conseil. Comme un homme elle porta la barbe et des costumes, comme une femme elle fut coquette et s’habilla avec des robes. Son apparence masculine lui conféra certes des avantages, mais Clémentine Delait revendiqua tout au long de sa vie sa vraie nature. Elle subit d’ailleurs des examens médicaux dont la conclusion fut sans équivoque. Libre avant tout, c’est par choix qu’elle laissa visible ses poils au menton et pour des questions pratiques qu’elle enfila le pantalon.

Femme émancipée bien dans sa peau, elle s’amusera de son ambivalence jusque dans les dernières lignes de son journal. Ainsi peut-on lire : « Mon vieux Saint-Pierre, je parie 500 francs qu’il n’y a pas une barbe aussi belle que la mienne dans ton paradis. Pour cet ultime voyage, m’habillerai-je en homme ou en femme ? »

Les tournées à l’étranger

C’est à la mort de Joseph en 1928 que Clémentine voit son désir de partir en tournée faire surface. Fernande a envie de découvrir le monde et elle-même est séduite par l’idée de voyager. À 63 ans, avec une barbe longue de 33 centimètres, la voilà sillonnant les routes, accompagnée de sa fille adoptive. Londres, Belfast, Paris… partout où elle passe, le succès est au rendez-vous. Elle maîtrise parfaitement son image de sorte qu’elle n’est jamais exhibée, mais admirée. Elle mène la vie qu’elle entend, celle d’une femme indépendante et épanouie.

Toutefois, l’âge avançant, sa barbe commence à blanchir. Elle décide finalement de se retirer de la scène. Elle s’éteint le 19 avril 1939 des suites d’une crise cardiaque. Enterrée à Thaon-les-Vosges, elle avait elle-même rédigé son épitaphe. Fière de ses poils, elle a tenu à ce que l’on inscrive : « Clémentine Delait (1865-1939) la femme à barbe ».

De Clémentine on retiendra sa barbe, mais également le désir de se faire accepter telle qu’elle était. Ainsi elle a choisi de ne pas cacher sa différence, mais plutôt de l’assumer et d’en faire un atout. La biographie de Clémentine Delait nous amène également à réfléchir sur l’identité de genre et ce qui définit une femme et un homme. Femme à barbe dans la mémoire de beaucoup, elle reste une personnalité inspirante pour un bon nombre d’entre nous.

Pour aller à la rencontre d’une autre femme libre et indépendante, découvrez le portrait de Delia Akeley.

Florence Cazali, pour Celles qui Osent

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