Baya, icône de la peinture algérienne

L’Institut du Monde arabe (IMA), à Paris, consacre une grande rétrospective à Baya, peintre du XXe siècle ayant révolutionné la peinture algérienne. Ses œuvres joyeuses et colorées font écho aux travaux des grands artistes de son époque, comme Matisse ou Picasso. Selon Claude Lemand, co-commissaire de l’exposition à l’IMA, si Baya est une artiste si spéciale et si importante, c’est parce qu’elle a « su résumer des millénaires de culture et d’art du monde arabe ». Baya n’a pas été scolarisée, et son art repose sur un héritage issu des femmes kabyles et d’un milieu rural dans lequel elle a grandi. Celles qui Osent revient, le temps d’un article, sur la vie de Baya, une artiste invisibilisée, à qui un grand musée français rend enfin hommage.

Une enfance en Kabylie, entre misère et ruralité

Rien, ou presque, ne destinait Baya, de son vrai nom Fatma Haddad, à une carrière d’artiste. Elle naît dans les environs d’Alger en 1931, et perd ses parents très jeune. Baya grandit à Tizi Ouzou, chef-lieu de la Kabylie, et travaille dans les champs. Son père meurt alors qu’elle a 6 ans, et sa mère disparaît à son tour trois ans plus tard. Elle prendra alors le nom de sa mère, « Bahia », avec lequel elle signera toutes ses œuvres. Orpheline à l’âge de 9 ans, Fatma est alors recueillie par sa grand-mère, une ouvrière agricole, qu’elle aidera dans les fermes tenues par des colons. C’est ainsi qu’elle croise le chemin de Marguerite Caminat et de Franck Mac Ewen, un couple d’artistes ayant quitté la France pour s’installer à Alger. On sait peu de choses sur cette période, si ce n’est que :

« Dans la cour de la ferme, quand elle avait un peu de temps, elle dessinait sur le sable et elle faisait des sculptures avec de la terre et de l’eau. Et au fil des semaines et des mois, Marguerite a fini par demander à la grand-mère de Baya si elle pouvait la prendre à son service à Alger », raconte Claude Lemand.

Baya quitte donc sa Kabylie natale pour Alger, en compagnie de Marguerite Caminat qui l’encourage vivement à développer ses capacités artistiques. Servante le matin, artiste l’après-midi, Baya, alors âgée de douze ans, fait de petites sculptures d’argile, et découvre la gouache. Alors qu’elle n’a que 16 ans, elle connaît un premier succès retentissant. Des amis du couple Caminat-Mac Ewan présentent la jeune artiste à Aimé Maeght, un galeriste de renom. Il est émerveillé, et lui organise une grande exposition à Paris, sa toute première, en 1947.

Baya, artiste invisibilisée par la colonisation

La première exposition de Baya à Paris connaît un succès immédiat. Vogue photographie la jeune fille devant ses œuvres, elle rencontre d’autres artistes, français, comme le peintre George Braque, et côtoie Picasso. S’ensuit une période de grande création artistique pour Baya, qui continue d’exposer en France. Les personnages de Baya sont toujours des femmes, qui lui sont inspirées par sa mère. Les couleurs sont chaudes et éclatantes, et proposent une autre vision de la femme arabe, loin de l’orientalisme, de mise jusqu’au XXe siècle. Après s’être rendu à l’une de ses expositions, Albert Camus écrit :

« J’ai beaucoup admiré l’espèce de miracle dont témoigne chacune de ses œuvres. Dans ce Paris noir et apeuré, c’est une joie des yeux et du cœur. »

Les peintures de Baya sont orientées vers des thématiques similaires : les jardins, les animaux, les végétaux, les figures maternelles, inspirées de sa propre mère. Elle peint aussi des objets de la vie de tous les jours, et des natures mortes. Tout, dans l’univers de Baya, rappelle le féminin, qu’elle sublime. Les femmes de ses peintures sont vêtues de vêtements à motifs colorés, et ses tableaux font écho à un paradis perdu, dans lequel le spectateur aimerait bien pénétrer.

Mais en 1953, Baya retourne à Alger, et ne peux plus exposer ni travailler, l’art et les galeries étant réservés aux colons. Elle épouse un musicien algérien de 30 ans son aîné, et pendant dix ans, devient mère au foyer. Elle met six enfants au monde, et ne réalise plus aucune œuvre.

Baya, icône de la peinture algérienne, consacrée dans le monde entier

Après l’indépendance, en 1961, l’Algérie connaît une phase d’effervescence culturelle et artistique. Le musée des beaux-arts d’Alger organise une grande exposition dédiée aux artistes algériens en 1963, et Baya est de la partie, poussée par son ami Jean de Maisonseul, directeur du musée d’Alger. S’ensuivent de nombreuses expositions entre l’Algérie et la France durant toutes les années 1960. Baya refuse de s’affilier à tout courant artistique ou politique, et préfère rester une artiste indépendante. En 1986, interrogée sur le sens politique donnée à sa peinture, celle-ci répondit :

« Je peins ce que je sens. Je suis agacée quand on me demande ce que je veux exprimer à travers ma peinture. Je vous donne le droit d’y trouver ce que vous désirez (…) Moi je peins. À vous maintenant de ressentir. »

À partir des années 1980-1990, Baya connaît une consécration internationale, et ne cesse de peindre jusqu’à sa mort. Elle est reconnue comme faisant partie de la « génération 1930 », ces artistes nés durant la décennie 1930 et ayant révolutionné l’art pictural algérien. Baya participe à plusieurs expositions collectives à travers l’Europe, notamment à Londres et à Bruxelles, et expose aussi aux États-Unis. Elle continuera de créer jusqu’à sa mort, en 1998.

Les destins des femmes artistes vous intéressent ? Vous pouvez retrouver notre article sur Amrita Sher-Gil sur notre site !

Info pratique : l’Exposition Femmes en leur jardin, Baya, icône de la peinture algérienne, est à découvrir à l’Institut du Monde arabe du 08 novembre 2022 au 26 mars 2023.

Victoria Lavelle pour celles qui osent

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