Autant en emporte le vent : une saga de Margaret Mitchell

 Autant en emporte le vent, grand classique de la littérature américaine, a été écrit par la très discrète Margaret Mitchell, beauté miniature de 1,47 m, aristocrate et anticonformiste. Intrépide, tout comme son héroïne Scarlett, l’écrivaine s’est complètement inspirée de sa propre vie pour construire la trame de son unique roman, publié en juin 1936. Margaret y narre une histoire sentimentale à rebondissements, sur fond de Guerre de Sécession. Elle place au centre de l’intrigue un couple flamboyant et tumultueux, oscillant entre l’amour et la haine : Scarlett O’Hara et Rhett Butler. Celles qui Osent retrace le destin tragique de l’écrivaine Margaret Mitchell, celle qui osa dépeindre une saga, véritable témoignage d’une société du sud des États-Unis. 

Le film « Autant en emporte le vent » : un phénomène du box-office

Le 14 décembre 1939, à Atlanta se tient la première projection du film adapté d’Autant en emporte le vent, film culte de Victor Fleming, d’après le roman de Margaret Mitchell. Vivien Leigh y interprète Scarlett O’hara, une héroïne qui défie le sort après avoir tout perdu. Dans le rôle du baroudeur séducteur au grand cœur Rhett Butler, l’irrésistible Clark Gable crève l’écran. La représentation est un succès. Le film remporte pas moins de… 10 Oscars ! Autant en Emporte le Vent devient un phénomène du box-office. Aucun film, pas même Star Wars ni Avatar, n’a réussi à détrôner ce film culte !

« C’est l’histoire d’un monde qui vit bercé par ses illusions d’opulence, de noblesse. Au début du roman, dans la plantation de Tara, nous suivons une jeune héroïne de seize ans, entourée de plusieurs soupirants, et qui ne voit absolument pas venir la guerre qui se profile. Petit à petit, la guerre arrive et elle va devoir affronter cela, alors que jusqu’alors, elle est très superficielle, très égoïste, assez antipathique même. Elle va peu à peu se révéler plus forte que les circonstances, prendre en charge sa famille en travaillant, briser les tabous et les conventions. Elle refusera de porter le deuil trop longtemps, ne s’occupera pas de ses enfants et voudra faire fortune, dans une époque où ce n’est pas du tout ce qu’on attend des femmes. Elle tracera son destin et elle portera son destin à bout de bras ! » (Oliver Gallmeister) 

Margaret Mitchell et l’écriture d’une saga inspirée de sa propre vie

Une enfance privilégiée

Margaret Munnerlyn Mitchell naît à Atlanta le 8 novembre 1900, vingt-cinq après la fin de la guerre civile qui a divisé l’Amérique, entre les États confédérés du sud et ceux de l’Union antiesclavagiste du Nord. Issue d’une famille très aisée, avec un père avocat et une mère pionnière du féminisme, elle vénère ses grands-parents qui ont fait partie de ceux qui ont rebâti Atlanta après l’incendie ravageur de 1864. Elle est également subjuguée par sa mère, suffragette, qui réclame le droit de vote des femmes, et qui aimerait que sa fille devienne médecin. Margaret Mitchell a été bercée par les histoires de la guerre de Sécession. Son grand-père était un vétéran qui a fait fortune en vendant du bois pour la reconstruction, tandis que sa grand-mère maternelle a grandi dans une plantation. Elle vit une enfance privilégiée, dans laquelle elle se passionne pour écrire des nouvelles et des pièces de théâtre. Confiante de sa supériorité sur ses « frères noirs », Margaret et ses parents les traitent avec une bienveillance condescendante, forme la moins violente du racisme en Géorgie. La jeunesse insouciance de Margaret prend fin en 1917, quand les États-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale : son frère aîné s’enrôle dans cette drôle de guerre… 

Deuil amoureux et déboires sentimentaux

À tout juste 17 ans, elle tombe amoureuse d’un homme rêveur et passionné de littérature, Clifford Henry. L’année d’après, ils se fiancent. Quelques mois plus tard, alors qu’elle est en faculté de médecine pour devenir psychiatre, elle apprend la mort de son fiancé au combat, suivie de près par celle de sa mère, victime de la grippe espagnole. Elle arrête ses études et sombre dans une profonde dépression. À 20 ans, elle fume comme un sapeur, s’enivre d’alcool et de jazz. Elle mène une vie plutôt libre. Red Upshaw, un séduisant mauvais garçon, qui veut faire fortune dans le trafic d’alcool en pleine prohibition, et totalement épris d’elle, lui demande de l’épouser. Elle accepte, mais rapidement elle doit se rendre à l’évidence : son mariage est catastrophique. Red boit trop et s’enferre dans l’échec. Elle doit travailler comme reporter pour l’Atlanta Journal et le Sunday Magazine, sous le pseudonyme de Peggy Mitchell, pour les faire vivre. Red, furieux, la quitte. Elle se console auprès de John Marsh, directeur de la publicité de la Georgia Power Company. En 1924, Red réapparaît pour la briser : il lui vole de l’argent et la viole. L’année d’après, elle épouse John après avoir obtenu le divorce. Elle n’aura aucun enfant de ses deux mariages. Un jour, elle se casse la cheville, ce qui la contraint à rester chez elle. Elle s’ennuie, alors son mari l’encourage à écrire un roman. 

Consécration littéraire et succès immédiat

Durant sept longues années, Margaret Mitchell accumule une documentation phénoménale avant de commencer à écrire son roman. Il lui faudra encore trois années pour clore son récit tumultueux : Gone with the wind, traduit dans l’édition française par Autant en emporte le vent. Elle ne parle de son œuvre qu’à son mari et se jure de ne jamais le publier. Pourtant, une de ses amies qui découvre son secret et force le destin ; le manuscrit est lu par un éditeur new-yorkais. Très vite, il flaire le best-seller : ce roman parle à tous les vaincus à la recherche d’un nouveau souffle. « C’est vraiment un livre sur la résilience, la capacité à survivre et à résister », disait Margaret Mitchell. « Si certaines pages touchent au sublime, comme la longue errance de Scarlett sur la route de Tara, c’est parce que Margaret Mitchell les a écrites avec son cœur, son sang. » (J. M. G. Le Clézio)

Récompensée par le prix Pulitzer de la fiction, le succès d’Autant en emporte le vent est fulgurant. « Je crois que l’une des multiples raisons du succès, qui perdure, de ce récit, c’est qu’il est possible d’y projeter énormément d’enjeux, anciens et contemporains » (Taïna Tuhkunen) 

Philanthrope en secret

Margaret Mitchell devient millionnaire et lutte pour protéger sa vie privée. Fuyant la médiatisation, on raconte qu’elle dédaigne mener grand train et prend soin de répondre elle-même aux milliers de lettres envoyées par ses fans.

Malheureusement, l’écrivaine connaît une fin tragique. Elle entre dans la légende le 16 août 1949, quand elle meurt fauchée par une voiture, à seulement 48 ans. Destin brisé.

Son mari exécutera ses dernières volontés : brûler toute sa correspondance, afin d’effacer les preuves de sa philanthropie. En effet, dès 1939 et jusqu’à sa mort, elle a financé des bourses d’études pour les étudiants noirs d’Atlanta et participé à la construction du premier hôpital pour les Afro-Américains. Ces actions auraient pu lui valoir à elle et ses proches des menaces de la puissante organisation terroriste du Ku Klux Klan (KKK).

 

Avec près de 3 millions d’exemplaires vendus dans le monde depuis 1936, traduits en près de 30 langues, les droits du livre Autant en emporte le vent sont, depuis 2020, tombés dans le domaine du public, et le roman a été réédité. Admirative de Tolstoï ou Faulkner, celle qui estimait n’avoir aucun style à pourtant osé publier son unique chef-d’œuvre. Rangeons nos syndromes de l’imposteur, arrêtons de nous sous-estimer, ça vous dit ?

 

Violaine — Celles qui Osent

 

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