Allyson Felix, légende du sprint engagée

Allyson Felix est une athlète de haut niveau, reconnaissable dans les stades d’athlétisme par son sourire, son physique gracile et son élégante foulée. Multi médaillée, elle dépasse même la foudre Usain Bolt et devient en 2021 l’athlète la plus titrée au monde. À 35 ans, la reine du demi-tour de piste a un palmarès impressionnant. Elle est considérée par beaucoup comme l’une des plus grandes sprinteuses de tous les temps. Allyson Felix n’est pas seulement une légende du sprint. C’est aussi une sportive engagée, qui ose prendre la parole pour faire bouger le monde du sport et défendre le droit des femmes. Celles qui Osent vous propose de découvrir son parcours inspirant.

Allyson Felix, une brillante carrière d’athlète

Les débuts de « Chicken Legs » sur la piste

Allyson Felix n’était pas prédestinée à devenir une grande championne d’athlétisme. Née en 1985 à Los Angeles d’un père pasteur, d’origine créole, et d’une mère institutrice, elle découvre la discipline tardivement et par hasard. C’est à son arrivée au lycée qu’elle chausse pour la première fois les pointes d’athlétisme, et qu’elle se découvre une passion pour le sprint.

Allyson Felix est gracile, avec un buste fin et des jambes élancées. Ce physique ne la prédispose pas à cette discipline. C’est pourquoi ses camarades lui donnent le surnom de « Chicken Legs » (« pattes de poulet »), qui la suivra tout au long de sa carrière. Son poids plume ne l’empêchera pas d’être rapide et de s’imposer sur la piste grâce à une foulée fluide et puissante, inégalable.

En un an, la Californienne progresse très rapidement. Elle participe dès ses 15 ans aux championnats nationaux et fait ses preuves en multipliant les podiums sur le 100 mètres et le 200 mètres. En 2001, elle devient championne du monde junior du 100 mètres.

Championne à plus d’un titre

Allyson Felix entre dans la cour des grands en 2002 en participant aux Jeux olympiques d’Athènes, alors qu’elle n’a que 18 ans. Elle y remporte la médaille d’argent du 200 mètres et bat le record du monde junior. Élevée dans une ambiance religieuse, son père enseignant le Nouveau Testament, elle octroie son don au « créateur » :

« Ma foi est la raison pour laquelle je cours. J’ai vraiment l’impression d’avoir ce don incroyable que Dieu m’a accordé, et il s’agit de l’utiliser au mieux de mes capacités ».

À la suite de cet événement, Allyson Felix enchaîne les victoires et écrit sa propre légende. Elle devient la plus jeune championne du monde du 200 mètres à Helsinki en 2005. Deux ans plus tard, aux Mondiaux d’Osaka, elle réalise un fantastique triplé 200 mètres, 4 x 100 mètres et 4 x 400 mètres, qu’elle qualifie de « grand moment, comme un état de grâce ».

Athlète la plus titrée au monde

Malgré son triomphe sur la scène internationale, ce n’est qu’en 2012, à Londres, qu’elle accède à sa première médaille d’or olympique en individuel, sur le demi-tour de piste. En 2020, après plus de 15 ans de carrière au plus haut niveau, Allyson Felix, athlète multi médaillée, se qualifie pour les Jeux olympiques de Tokyo. Elle y remporte deux médailles et s’ancre encore un peu plus dans l’Histoire. Elle devient à cet instant la sprinteuse la plus récompensée de l’athlétisme olympique et dépasse la légende Carl Lewis (1), qui, avec 10 médailles olympiques, détenait jusque-là le record.

En décrochant sa 11e médaille le 7 août 2021, Allyson Felix clôture sa longue carrière olympique. Le 13 avril 2022, l’athlète féminine la plus titrée de l’histoire, a annoncé qu’elle disputerait cette année sa dernière saison avant de définitivement raccrocher ses pointes, à 36 ans.

Allyson Felix, athlète américaine engagée

Un accouchement difficile

Lors des Jeux olympiques de Rio, en 2016, Allyson Felix complète sa collection de médailles en remportant l’argent sur le 200 mètres et l’or sur les deux relais. Après plusieurs années au plus haut niveau, il est temps pour elle de faire une pause.

En novembre 2018, elle donne naissance à sa fille, qu’elle nomme Camryn. Tout ne se passe pas comme prévu puisqu’elle doit accoucher prématurément à 32 semaines de grossesse. Les médecins lui annoncent qu’elle souffre d’un cas grave de pré-éclampsie, maladie liée à une hypertension artérielle. Pour la sauver, ainsi que son bébé, elle subit une césarienne d’urgence. Sa fille, née avec deux mois d’avance, restera hospitalisée un mois en service de néonatologie.

Défenseuse des femmes afro-américaines

L’accouchement difficile d’Allyson Felix n’est pas un cas isolé. La légende du sprint découvre qu’aux États-Unis, les femmes noires ont trois à quatre fois plus de risque que les femmes blanches de mourir suite à des complications liées à une grossesse (2). Selon Patrice Harris, présidente de l’Association médicale américaine, « les États-Unis sont l’un des pays où la mortalité maternelle augmente à nouveau ».

Plusieurs causes expliquent ce phénomène. La pauvreté et l’absence d’assurance maladie sont des facteurs qui touchent davantage les noirs que les blancs. Les noirs américains sont également plus prédisposés à développer des maladies comme le diabète, l’obésité et l’hypertension, quelle que soit leur catégorie sociale. Les discriminations exercées par certains médecins entrent aussi en jeu dans ces complications.

En découvrant cela, Allyson Felix décide de prendre la parole pour la première fois. Peu après son accouchement, elle témoigne au Congrès américain. Lors d’une audition consacrée aux disparités raciales dans la mortalité maternelle aux États-Unis, elle déclare qu’elle souhaiterait encourager les mères afro-américaines à avoir une voix, et à l’utiliser (3).

⏩ Découvrez le parcours de Rosa Parks, une autre femme engagée pour les droits des noirs.

Une légende du sprint à l’âme de militante

Son combat contre Nike, son équipementier

Après la naissance prématurée de sa fille, Allyson Felix doit affronter une nouvelle épreuve. Alors qu’elle est l’égérie féminine de la marque Nike, son sponsor principal, elle souhaite renégocier son contrat pour l’année suivante. Elle découvre alors que Nike veut la payer 70 % de moins qu’avant sa grossesse, en dépit de ses nombreuses victoires (4). En effet, la marque à la virgule prévoyait une clause de performance. Celle-ci supposait qu’une athlète serait moins compétitive dans l’année qui suit la naissance d’un enfant.

La Californienne n’accepte pas cette injustice. Selon elle, les athlètes-mères ne devraient pas être pénalisées si elles ne reviennent pas rapidement à leur meilleur niveau. Précédemment, d’autres sportives ont été victimes de la politique de l’équipementier et l’ont dénoncé.

Avant d’être une maman, Allyson Felix ne souhaitait pas s’exprimer sur d’autres sujets que l’athlétisme, par peur de compromettre sa carrière. Avec cet événement, elle ose sortir du silence. Dans une tribune du New York Times, elle dénonce le traitement de Nike envers les femmes :

« Lorsque nous avons des enfants, nous risquons des baisses de rémunérations de la part de nos sponsors pendant et après la grossesse. C’est l’un des exemples qui prouve que l’industrie du sport est toujours dirigée par et pour les hommes ».

Une bataille remportée

Quelque temps après son témoignage, le sponsor modifie les termes de son contrat. Il annonce qu’aucune sportive professionnelle enceinte ne serait plus pénalisée financièrement. La protection des athlètes féminines est alors élargie de six mois. La sprinteuse ne s’attendait pas à devoir relever des défis en donnant naissance. En prenant la parole, elle parvient à faire bouger les choses.

Aux Mondiaux de Doha, en 2019, à peine 10 mois après son accouchement par césarienne, l’Américaine remporte l’or sur le 4 x 400 mètres avec ses coéquipières. Elle décroche à ce moment-là sa 12e médaille d’or de sa carrière dans un championnat du monde. Elle surpasse Usain Bolt, la légende jamaïcaine, qui détient 11 médailles d’or aux Mondiaux. Ainsi, elle prouve au monde entier que l’on peut être une athlète et une mère accomplies (5).

Allyson Felix, montrant ses nombreuses medailles et sa cicatrice de cesarienne.
Allyson Felix, athlète de haut-niveau multi médaillée et maman, montrant sa cicatrice de césarienne. Source : Compte Instagram Allyson Felix.

Sa lutte pour les athlètes-mères et le droit des femmes

À la suite de la polémique avec Nike, la légende du sprint quitte son équipementier historique. Elle choisit la marque de sport Athleta comme sponsor principal. L’entreprise et la sextuple championne olympique ont des valeurs similaires. Aussi, Allyson Felix souhaite continuer à défendre les femmes et Athleta accepte de l’aider à développer des initiatives pour les soutenir. Selon son nouveau sponsor, Allyson Felix est une athlète renommée, mais également une mère et une militante.

Être une maman et une sportive de haut niveau est un combat du quotidien. Au-delà de la fatigue et d’une nouvelle organisation à trouver, de nombreuses dépenses viennent s’ajouter. Celles-ci engendrent un frein pour certaines sportives professionnelles. Allyson Felix souhaite lutter contre cette situation et aider les femmes à concilier ces deux rôles.

En collaboration avec Athleta et l’association Women’s Sports Foundation, elle crée une subvention pour les aider financièrement, à hauteur de 200 000 dollars (6). Cette aide est destinée à payer les frais de garde d’enfants d’athlètes-mères et, plus généralement, à leur faciliter la vie. À partir de juillet 2021, vingt familles américaines ont bénéficié de cette bourse. Elle leur permet d’aborder plus sereinement les compétitions et de trouver un meilleur équilibre.

 

Le combat d’Allyson Felix pour le droit des femmes ne fait que commencer. La Californienne ose enfin s’exprimer et utilise sa voix pour d’autres combats que l’athlétisme. La maternité l’a aidée à trouver sa place. En 2021, Allyson Felix, qui n’avait pas de sponsor chaussures, décide de fonder sa marque, Saysh, conçue par et pour des femmes (7). Le 7 août 2021, elle a remporté sa dernière médaille olympique avec ses propres chaussures. Une jolie revanche.

⏩ À lire aussi : Elles étaient une fois Celles qui Osent, le livre qui dresse le portrait de quinze femmes inspirantes.

Alexia Cartron, pour Celles qui Osent.
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW.

Sources :

(1) https://www.franceinter.fr/allyson-felix-en-piste-pour-etre-la-femme-la-plus-titree-de-l-athletisme-aux-jo
(2) https://www.washingtonpost.com/sports/2019/05/16/olympian-allyson-felix-tells-congress-racial-disparities-maternal-mortality/
(3) https://www.washingtonpost.com/sports/2019/07/31/runner-allyson-felix-didnt-want-speak-out-mom-she-felt-she-had/
(4) https://www.nytimes.com/2019/05/22/opinion/allyson-felix-pregnancy-nike.html
(5) https://www.lequipe.fr/Athletisme/Article/Allyson-felix-on-peut-etre-une-athlete-et-une-mere-accomplies/1280756
(6) https://www.francetvinfo.fr/sports/athletisme/allyson-felix/allyson-felix-cree-une-subvention-pour-aider-financierement-les-athletes-meres_4703887.html
(7) https://www.lequipe.fr/Sport-et-style/Mode/Actualites/La-sprinteuse-allyson-felix-lance-sa-marque-de-mode-dediee-aux-femmes/1265404

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