Interview des créatrices de L’Embell’vie : agir contre le cancer

Catherine Cormerais et Catherine Bondu sont deux femmes battantes, amies, fusionnelles et admiratives l’une de l’autre. La première, bouillante d’idées, aime relever des défis. Confrontée plusieurs fois à la maladie, elle a osé se lancer dans la création d’entreprise en parallèle de son association Agir contre la maladie accompagnant les personnes en situation de handicap moteur. La deuxième, empathique et à l’écoute, codirige les multiples actions. Ensemble, elles fondent l’Embell’vie, un lieu de ressourcement inédit pour les malades touchées par le cancer à Clisson, au cœur du vignoble nantais, proposant des prestations de socio-esthétique et de dermopigmentation réparatrice. Cap en Loire-Atlantique à L’Embell’vie avec Celles qui Osent à la rencontre de deux Catherine généreuses et combatives, qui souhaitent agir contre le cancer. 

Catherine Cormerais : agir malgré le cancer

Agir contre la maladie, son combat associatif

Catherine Cormerais débute sa carrière comme aide-soignante en milieu hospitalier, puis devient assistante dans une entreprise, jusqu’en 2004. Malade, elle se bat pour obtenir un mi-temps thérapeutique « Mais on m’a fait comprendre que je n’étais plus la bienvenue. »

 En 2000, elle fonde alors avec une formidable énergie l’association « Agir contre la maladie » à Clisson, afin d’accompagner les personnes en situation de handicap moteur.

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« Je souhaitais pouvoir donner l’accès aux soins de supports à un plus grand nombre de patients isolés, en proposant des activités diverses ». 

  •  Des ateliers « bien-être » avec une socio esthéticienne Si les traitements sont aujourd’hui mieux tolérés que par le passé, ils restent toutefois très lourds pour notre corps et les séquelles peuvent affaiblir l’image de soi.
  • Des ateliers diététiques avec une diététicienne, car l’alimentation et la gastronomie sont essentielles dans le processus de guérison. Le cancer s’accompagne très souvent de baisse d’appétit et certains traitements hormonaux peuvent faire prendre ou perdre du poids.
  • Des séances avec une psychologue, autour d’un café, d’un jeu de société, d’une activité manuelle, pour les malades et leurs aidants. Chacun peut y exprimer ses peurs, ses angoisses face à la maladie.

Depuis 2017, l’association Agir se divise en deux sections : « Cancer Solidarité Vignoble » pour les malades et « Handi-Loisirs » pour les gens en situation de handicap moteur. « Le sport joue un rôle capital dans la reconstruction physique et morale des patients. Bien souvent les personnes, déjà fragilisées, n’osent faire le premier pas. Pourtant, la pratique d’un sport est essentielle dans le combat quotidien contre la maladie. Avec Agir, nous prêtons gratuitement du matériel adapté à une centaine de personnes de tous les âges. Notre plus grand plaisir, c’est de les voir sourire. » En partenariat avec des kinés et des éducatrices spécialisées, l’association permet, pour 25 euros par mois, de faire du renforcement musculaire, de l’aviron indoor, du Pilate, de la gym, de l’escrime, du tir à l’arc et de la piscine.

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Aider les femmes atteintes par le cancer

Malheureusement, en 2015, Catherine doit subir une double mastectomie, l’enlèvement chirurgical des deux seins. « Le cancer du sein touche 1 femme sur 8 en France. Il ne faut pas le banaliser, c’est effrayant pour la personne qui le vit. Il faut dire simplement qu’il y a des solutions. » 

Au lieu de se laisser emporter par la tristesse et la résignation, elle réfléchit à créer son entreprise pendant ses séances de chimiothérapie. Elle aimerait pouvoir agir, faciliter le quotidien des femmes touchées par le cancer comme elle. 

« Pour les personnes habitant dans les campagnes, tout l’accompagnement médical se trouve en ville ; or les trajets sont épuisants. » Catherine constate aussi que « la lingerie adaptée se trouve généralement en pharmacie, à côté des déambulateurs. J’avais pourtant envie de prendre du plaisir à acheter de nouveaux soutiens-gorge, faire du shopping entre copines. »  Peu à peu, son idée germe. 

Grâce à l’Agefiph (association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées), Catherine Cormerais entreprend une formation spécialisée en dermopigmentation médicale réparatrice des mamelons et en maquille semi-permanent et permanent. « Je ne suis pas tatoueuse ! » Elle devient capable de recréer des mamelons, de camoufler les cicatrices des thorax souvent très marqués par la maladie. « c’est important pour retrouver l’estime de soi, le moral après une mastectomie. » Catherine étend son savoir-faire à la zone capillaire et peut également redessiner des sourcils « avec des pigments et non des encres ». 

Créer l’Embell’vie avec Catherine Bondu 

Forte du constat qu’il n’existait rien en milieu rural pour accompagner les personnes atteintes de maladie et en particulier du cancer, Catherine Cormerais imagine un lieu de ressourcement complet, au cœur du vignoble nantais, comprenant au même endroit une boutique de lingerie adaptée, des prothèses mammaires ou capillaires, et des prestations socio-esthétiques et de dermopigmentation réparatrice. 

« Cela permet aux personnes après leurs opérations de se rendre dans un endroit moins austère que le milieu médical. »

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Elle baptise ce lieu unique L’Embell’vie, un nom porteur d’espoir… Sa fatigabilité étant importante des suites de ses graves problèmes de santé, elle s’associe avec son amie Catherine Bondu. Préparatrice en pharmacie, celle-ci traverse une période difficile, « un burn-out professionnel ». L’Embell’vie lui change alors la vie. Très empathique et à l’écoute, elle conseille les clientes dans leurs achats et les accompagne tout au long de leurs maladies. « Après une ablation du sein, certaines femmes ont le sentiment que l’on ne voit que cela en les regardant, même si cela n’est pas le cas. » Vendre de la lingerie à des femmes ayant subi le traumatisme du cancer nécessite beaucoup de finesse et de psychologie. Applicatrice de prothèses mammaires amovibles, elle fait revivre la féminité. Les deux femmes en embauchent rapidement une troisième, Emilie, socio esthéticienne, qui prodigue des soins esthétiques et des massages bien-être, exclusivement à l’aide de crèmes labellisées oncologie. En collaboration avec l’Institut de cancérologie de l’Ouest, ICO René Gauducheau, L’Embell’vie propose enfin de l’hypnose médicale, à l’aide d’un casque 3D et d’oreillettes, et des séances de musicothérapie, permettant de diminuer douleur, stress et anxiété. 

L’Éclat de Flore : fonder leur marque de lingerie

En octobre 2020, les deux Catherine se lancent un nouveau challenge : fonder leur propre marque de lingerie, qu’elles baptisent « Éclat de Flore. “L’existant était loin d’être satisfaisant. Le vêtement de nuit pour les femmes ayant une mastectomie n’existait pas. La corseterie est plus médicale que vestimentaire. Devoir aller à la pharmacie pour acheter sa lingerie, sur catalogue de surcroît, n’est pas plaisant. Un tiers de nos clientes ont moins de trente ans…”

Elle imagine alors un cahier des charges précis pour créer une gamme adaptée. “Quand on arrive à la maison, on n’a qu’une envie : enlever notre prothèse. Mais en la retirant, on perd nos formes, notre féminité. C’est très dur à vivre.” Sa collection, dessinée par une patronneuse, offre une diversité de modèles : nuisettes, déshabillés, pyjamas et caracos-shorts, vendus entre 69 et 130 euros. Les pièces comprennent des brassières intégrées confortables et facilement réglables, qui ont fait l’objet d’un dépôt à l’INPI. Les tissus et la dentelle choisis sont doux,“car il ne faut pas oublier qu’après la chimiothérapie, la peau est très abîmée et ultra-sensible…” Flore, la mascotte de la marque, a été dessinée par Adolie Day, une illustratrice de la région. Conçue initialement pour les femmes atteintes du cancer du sein, la marque convient à toutes. Tout est fabriqué localement, au sein de la manufacture de Clisson, spécialisée dans le luxe, “avec 90 % de tissus français.” “Cette lingerie made in Clisson” et valorisant le savoir-faire français affichent pourtant des prix modérés, de 90 euros le déshabillé à 130 euros le caraco-short. La marque est si qualitative qu’en janvier 2021, l’Éclat de Flore a été sélectionné pour la Plate-forme internationale de la lingerie à Paris… et à New York ! 

 

Une collection Homewear est déjà prête. Les deux femmes espèrent la financer via une campagne de crowdfunding, car la situation actuelle complique l’activité. Pour les soutenir, rendez-vous sur leur site internet ou directement à la boutique L’Embell’vie : 15 rue des filatures 44 190 Clisson.  

Pour découvrir d’autres initiatives contre la maladie, lisez notre article Discovering Hands, la palpation clairvoyante contre le cancer du sein.

Violaine B., pour Celles qui Osent

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