L’interview de la tisanière bio Charlotte Tronchet

Femme qui ose de 41 ans, l’envie chevillée au corps d’aller de l’avant et en attente d’un… 5e enfant ! Charlotte Tronchet, regard lumineux et main follement verte, se livre aujourd’hui pour Celles Qui Osent ! Elle raconte comment certaines évidences ont pris leur temps pour germer, fleurir et bourgeonner  dans sa vie. Elle évoque ce qui signifie pour elle OSER et nous montre que les chemins de traverse sont souvent ceux qui mènent à Rome. Ou encore que Rome est multiple et faite de fulgurances instinctives. Elle nous parle de la puissance du corps des femmes et de leur souveraineté à redécouvrir et à se réapproprier. Belle découverte ! 

Les semis d’une enfance aventureuse et solitaire

Enfant de la fin des années 70, née en Sarthe, Charlotte est issue d’une lignée de femmes fortes. Poussés par des envies d’exploration et d’aventure, ceux-ci choisissent de quitter la routine pour voguer librement durant 2 ans. “Mon père était ambitieux : il voulait aller jusqu’en mer rouge avec des drapeaux de pays du monde entier, cousus à la main””.

Sur leur bateau, nez au vent et semelles ancrées, ils descendront le canal du midi, vogueront sur la mer méditerranéenne et traverseront le mythique détroit de Gibraltar. Pendant que les petits écoliers planchent sur leurs tables de multiplication au cœur de l’hiver français, Charlotte, 5 ans, s’émerveille de la luminosité des Canaries ou hume à pleins poumons les senteurs tropicales de Madère.

Son goût pour le risque et l’aventure, son appétence pour le non-conformisme ont-ils germé à ce moment-là ?

La sève de l’art pour mieux grandir

Après deux ans sur le bateau, la famille rentre en Sarthe. Puis, elle déménage en région nantaise où Charlotte effectuera collège et lycée, sans grande conviction. Elle ne se sent pas à sa place, s’ennuie et se ternit dans ce cadre trop rigide, avec ces élèves qui ne lui ressemblent pas. Comment dépasser la monotonie ? Où trouver des  “bonus magiques” pour faire pétiller le quotidien ?

Le dessin est son refuge, lieu de tous les imaginaires, et la lecture une fascination toujours renouvelée, regorgeant d’escapades oniriques. “Lorsque l’on est enfant unique et qu’il n’y a pas de télévision dans le salon, que fait-on ? On se crée une bulle à soi, une chambre à soi où histoires, couleurs et imaginaire redonnent de la vie à la vie.

Au lycée, puisqu’elle est douée en dessin, elle se tourne naturellement vers les arts plastiques, puis enchaîne sur les Beaux-Arts.

Ramifications artistiques et bouquets créatifs

De maître verrier à diplômée des Beaux-Arts

On m’a toujours dit : “Ah là là… toi tu es une artiste ! Et pour suivre une voie qui semblait prédéfinie pour elle et parce qu’elle ne manque pas de talent, elle fait une première tentative d’études aux Beaux-Arts de Nantes. Échec. Ça ne fonctionne pas. Trop abstrait, trop conceptuel, trop barbant : “j’avais l’impression qu’on me bourrait le crâne”. Elle n’est pas prête à ça, elle a besoin de concret.

Elle enchaîne sur un CAP de maître-verrier. “Moi qui n’avais jamais été dans les églises, rit-elle, je parcours de nombreux sites en France”. Après la tempête de 1999 et le nombre de chapelles ravagées, il y a du boulot ! Elle travaille avec un maître-verrier passionné par son métier et “pianiste à la pause déjeuner”. Un vrai bonheur.

Pourtant, après son CAP, convaincue qu’elle doit obtenir son diplôme des Beaux-Arts, elle y retourne.”Comme si c’était une ligne toute tracée”. Ces années sont difficiles, tortueuses et poussives, mais elle insiste. Et décroche son diplôme le lendemain de la naissance de son premier enfant ! À l’impossible nul n’est tenu, mais pour reprendre Mark Twain au féminin : “Elle ne savait pas que c’était impossible alors elle l’a fait”.

La naissance de son 1er fils est une déflagration, une révélation. Elle est “super bouleversée” et tout entière mobilisée par la découverte de ce nouvel être. Ces chocs heureux se répétaient dans les années à suivre (3 fois) et seront les moteurs de son  puissant engagement pour la cause féminine et une maternité éclairée.

Avec une escale en art-thérapie et permaculture

Alors qu’elle est à un moment de transition, où sa vie personnelle dérive et où elle nage en pleine indécision, elle se tourne vers l’art-thérapie. “L’art, ça soigne, ça peut aider”.

Elle est ravie de “refaire marcher son cerveau” et se plonge avec délice dans la densité de la psychanalyse lacanienne ou les chemins sinueux de la sémiologie. En parallèle, pour gagner sa vie, elle est AVS :  accompagnement d’élèves en situation de handicap dans une CLIS (Classe pour l’Inclusion Scolaire). Bien qu’il soit difficile de faire fonctionner un groupe d’enfants âgés de 6 à 10 ans, aux problématiques aussi variées, elle trouve l’expérience très enrichissante.

Dans sa vie personnelle, remous et fracas continuent avec la séparation du père de son fils et un emménagement dans la maison familiale à Pornic. Puis, elle fait une belle rencontre et la vie repart ! Elle attend son second enfant en 2010.

Des racines à réinventer

Avec son amoureux, ils se construisent un petit nid douillet à Bouaye, avec l’intention de vivre et faire croître leur histoire sur ce bout de terre. Pourtant, autour d’eux, rien ne leur ressemble. En termes de modes de vie, de croyances et d’aspirations, tout leur semble dissonant. Les pavillons poussent tout autour d’eux comme une armée de champignons et leurs voisins, aspirés par la spirale gloutonne voiture-boulot-dodo, les dépriment. La petite école de quartier déborde de nouveaux arrivants et des murs bricolés en placo sont installés fissa pour contenir ces enfants grouillants en surnombre. Un jour, face au champ paisible et bucolique qui fait face à leur maison, ils se disent : “le jour où ça sera construit, on se casse !” L’urbanisation continue, gagne du terrain… Et puis un jour, le champ… BIM ! Un pavillon encore plus lisse et plus blanc que le précédent. 

Ils aspirent à autre chose. A plus de frugalité, à plus d’essentiel, à un rythme plus humain. Son conjoint étouffe dans son boulot et elle réalise qu’elle est devenue viscéralement allergique à la subordination : “J’ai beaucoup souffert de ça. J’avais vraiment besoin de penser et de faire par moi-même”. Ils se mettent alors à chercher un lieu pour “se poser” et réfléchir à la suite. Agir d’abord, aviser, ensuite.

Ils trouvent une charmante ferme en Charente dans un coin de verdure complètement perdu, en pleine nature. L’immobilier est très accessible et en revendant leur maison nantaise, ils ont quelques années devant eux pour s’organiser.

L’aventure du jardin nourricier

S’étant auto formés au maraîchage bio et à la permaculture pendant des années et les ayant expérimentés dans leur propre jardin, ils se lancent. Les résultats sont vite au rendez-vous, mais le rythme est trépidant, sans aucune trêve. “Lorsque tu veux tourner toute l’année, tu ne t’arrêtes jamais de produire et d’anticiper, c’est épuisant.”

En 2017, elle crée la structure “ Le jardin nourricier”, qui propose des légumes et herbes fraîches issus du maraîchage bio et de la confection de produits dérivés, tisanes et baumes organiques. Puis en 2018, une nouvelle fracassante vient secouer la ferme : Charlotte attend cette fois-ci… des jumelles !

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Un désert médical pour un accouchement sans âme

Dans le désert médical de la Charente, Charlotte a dû accoucher à l’hôpital, à contrecœur.

Elle qui favorise jusque là des naissances naturelles, à la maison, doit se résigner à un accouchement médicalisé et impersonnel. Aucune sage-femme locale n’accepte d’accompagner une naissance gémellaire à domicile. 

Elle accouche sans péridurale, naturellement, mais garde un souvenir amer et sombre de ce moment. “J’ai trouvé ça horrible et irrespectueux. Cette naissance a été très dure”. 

Après la naissance de ses deux filles, elle se sent déprimée. Surtout qu’en parallèle, le maraîchage continue sa folle production non-stop. Elle se sent embarquée dans un tourbillon continu qui la prive d’air pendant un moment. Un éclat lumineux reste cependant tatoué en elle : si elle peut accoucher de jumelles naturellement à l’hôpital, elle “peut tout faire !”

Oser la floraison de mars 2020

Alors que le monde entier se lamente de la réclusion forcée due à l’épidémie de Covid 19, Charlotte vit cette trêve comme un moment apaisant. Un répit oxygénant. Cette pause lui permet de se positionner plus clairement et de faire le point sur ses attentes : “Je voulais avoir une activité plus gratifiante, qui mette en valeur les plantes et me permette de trouver un équilibre financier.”

Elle fait le choix de se spécialiser dans les soins naturels prénataux et postnataux. Afin d’apporter son soutien aux femmes qui aspirent à sortir des sentiers battus de la médicalisation et du lait industriel. Charlotte conçoit alors un panel de ressources naturelles et bienfaisantes qu’elle met à leur disposition. Elle crée une sorte de petite valise d’accouchement à domicile”. Celle-ci permet à la future maman de se réapproprier les soins nécessaires lors de l’enfantement, de récupérer son corps et d’agir sur son bien-être, ainsi que sur celui de l’enfant.

Les beaux enfantements changent le monde

Tisanes et baumes extras pour les mamas

Charlotte imagine des coffrets de tisanes et baumes malicieux aux noms évocateurs : le coffret voie-lactée pour “soutenir un allaitement serein” ou le coffret pré-mama qui vise à” renforcer et choyer son corps” en attendant bébé. Elle confectionne des baumes précieux, très doux et réparateurs tels que le baume à base de macérat de rose de Damas. Ceux-ci laissent “une peau nourrie, heureuse d’être si bien traitée”. Ses baumes généreux, élégants et riches sont savamment dosés et s’adaptent à toutes les peaux (mamans et bébés), même les plus sensibles.

Toutes les plantes utilisées sont locales. La touche de magie spéciale Charlotte réside dans l’art de travailler à partir de plantes macérées dans l’huile (macérats). Pour sa matière première – huile d’olive, beurre de karité, huile de coco et cire d’abeille – elle fait appel à des fournisseurs équitables. En effet, soutenir des producteurs à l’autre bout du monde fait partie de sa démarche globale, où chaque détail est pensé et harmonisé avec le reste. Son parti-pris est ouvertement éthique, local et durable, avec un respect pour les produits de grande qualité.

En plus des baumes, elle concocte aussi de délicieuses tisanes aux vertus médicinales. Par exemple, elle a créé “la fiévreuse” pour calmer la fièvre de  bébé lorsqu’il se met à monter en température (base de fleurs de sureau, jeunes feuilles de cassis et fleurs de lavande.) Ou encore “la féminine”, une tisane fleurie et printanière, pour aider les femmes à entretenir un bon fonctionnement hormonal.

En développant son activité, elle fait de jolies rencontres avec des artisanes locales : cultivatrice de spiruline, tisseuse de doudous douceurs ou encore créatrice de savons généreux. Ces produits viennent compléter les siens et élargissent avec bonheur son réseau de femmes inspirées qui produisent du beau, du bon pour l’âme et le corps et du local.

Accompagnatrice doula pour empouvoirer les femmes

Pour aller plus loin, elle se forme en tant qu’”accompagnatrice doula” (tout comme Frédérique Horowitz). Cette formation éclectique et pluridisciplinaire l’ouvre à une multitude de pratiques passionnantes : cuisine ayurvédique, pratique du yoni steam, cérémonie autour du placenta, etc. Cet accompagnement aux soins prénatals et postnatals, lui permettra d’accompagner les futures mères souhaitant  bien vivre la naissance de leur enfant, pour avoir la force de se déployer ensuite.

4 principes lui sont chevillés au coeur : 

  • nous, les femmes, sommes VALABLES ;
  • il y a une place pour chacune ;
  • apprenons à nous  RE-LIER aux autres même si cela semble contre-nature (éducation, culture) ;
  • osons “lâcher les chevaux et débrider notre puissance féminine !”

“Sa femme préférée du monde entier de toute sa vie” ? : Marceline Loridan Ivens,  la “jumelle anarchiste” de Simone Veil. “Un concentré de liberté totale, de saine colère et de créativité à vie”.

Sur les réseaux sociaux, Charlotte est ici. Et sa boutique de magicienne est .

Pauline Pigeon pour l’interview et l’article – Violaine B. pour les illustrations 

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