Lee Miller, artiste surréaliste et photographe de guerre

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais vous reconnaîtrez sûrement son visage. Immortalisée des centaines de fois par Man Ray, Lee Miller fut elle-même photographe surréaliste avant de partir au front suivre les Alliés en tant que correspondante pour Vogue. Sa vie fut marquée par des péripéties, des rencontres, mais surtout un immense talent pour l’art et la photographie. Traumatisée par les horreurs de la guerre et les camps de concentration, Lee Miller dédiera les 30 dernières années de sa vie à la cuisine et deviendra gourmet chef. Celles qui Osent revient sur l’histoire de cette femme artiste et journaliste au destin extraordinaire. 

Lee Miller,  son enfance et son adolescence mouvementées

Lee Miller est née en 1907 à Poughkeepsie, une banlieue riche de New York. Elle grandit dans une famille aimante aux idées progressistes, entourée de ses parents et de ses deux frères. Son père était ingénieur, et sa mère souffrait d’une santé mentale fragile. Il n’était pas rare que les enfants Miller aillent passer quelques jours chez des amis de la famille, le temps que leur mère se remette d’une crise. C’est lors d’un de ces séjours loin de chez elle que Lee Miller, alors âgée de sept ans, sera victime d’un viol qui la marquera pour le reste de son existence. 

Très tôt, son père la prend en photo et lui apprend la technique photographique. Elle s’intéresse rapidement à l’art mais se fait renvoyer de tous les établissements scolaires qu’elle fréquente. En 1925, alors qu’elle a 18 ans, elle se rend à Paris pour y vivre. Sa famille la ramène de force aux Etats-Unis en raison du mode de vie trop indépendant qu’elle mène. C’est à New York qu’elle fait la connaissance de Condé Nast, le propriétaire de Vogue, Vanity Fair et d’autres magazines prestigieux qui remarque son visage harmonieux et son corps aux dimensions parfaites. Il l’engage en tant que mannequin, et Lee Miller fait la couverture de Vogue.

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Paris, la photographie surréaliste et Man Ray

Au sein de son séjour chez Vogue en tant que mannequin, Lee Miller apprend la photographie auprès d’Edward Steichen, un photographe de mode américain reconnu. Lassée de sa vie de mannequin, elle décide de se rendre à Paris pour perfectionner sa technique photographique auprès de Man Ray, photographe surréaliste adulé. Elle le rencontre par hasard et le convainc de la prendre en tant qu’élève au sein de son studio de photo. S’ensuivra une histoire d’amour de trois années entre les deux artistes. Lee Miller, ne supportant plus les crises de jalousie et la possessivité maladive de Man Ray, le quittera et rentrera à New York. 

Malgré les difficultés rencontrées dans son couple, Lee Miller travaille activement lors de son séjour à Paris. Elle réalise des centaines de clichés surréalistes, et se lie d’amitié avec les plus grands artistes de son temps comme Max Ernst ou Picasso. Elle est beaucoup photographiée, à tel point que le magazine Life dit d’elle en 1932 qu’elle a « le plus joli nombril de Paris ». Elle est d’ailleurs choisie par Jean Cocteau pour jouer le rôle d’une statue grecque dans Le sang d’un poète.   

Lee Miller commence à travailler pour Vogue, non plus en tant que mannequin, mais en tant que photographe de mode, et réalise aussi des clichés artistiques. Elle documente les opérations chirurgicales d’un hôpital et est connue pour avoir réalisé le cliché d’un sein coupé après une mastectomie qu’elle a mis en scène dans une assiette, faisant penser à un steak (miam).

Le retour aux Etats-Unis et le départ en Egypte

De retour à New York en 1932, Lee Miller fonde son propre studio photo et expose à la prestigieuse galerie surréaliste de Julien Levy. Vanity Fair affirme qu’elle fait partie des meilleurs photographes vivants. Elle ne reste pourtant pas longtemps aux Etats-Unis car Aziz Eloui Bey, riche homme d’affaires égyptien qu’elle avait rencontré à Paris, la demande en mariage. Elle accepte, et ils partent tous les deux vivre en Egypte. 

La vie à Londres et la photographie de guerre, un tournant important pour Lee Miller

Très vite, Lee Miller se lasse du décor égyptien et se rend de plus en plus régulièrement à Paris, où elle rencontre le peintre surréaliste anglais Roland Penrose dont elle tombe follement amoureuse. Elle quitte Aziz Eloui Bey et part s’installer à Londres où elle reprend son activité de photographe pour Vogue. Marquée par la guerre et les attaques dont Londres est victime, elle photographie des scènes de bombardement et obtient en décembre 1942 une accréditation de l’armée américaine pour devenir photographe de guerre, chose difficile à l’époque car les femmes ne pouvaient pas se rendre sur le front. 

Elle photographie souvent l’arrière et les civils, puis se rend en France en 1944 où elle parvient à prendre des photos du front. Elle suit la progression des Alliés et sera l’une des premières photographes à pénétrer à Dachau et à photographier l’horreur des camps. Elle s’introduira aussi dans l’appartement d’Hitler où elle prendra, avec son ami David Scheiman, photographe pour le magazine américain Life, des photos dans la baignoire personnelle d’Hitler, quelques jours après son suicide. Les bottes que l’on peut voir sur le tapis de bain sont celles que portait Lee Miller lors de sa visite des camps de concentration. 

Le retour en Angleterre et la reconversion dans la cuisine 

À son retour de la guerre en 1946, Lee Miller est complètement traumatisée par ce qu’elle a vu. Elle arrête la photographie et retrouve Roland Penrose, avec qui elle achète une ferme dans le Sussex et a un enfant, Anthony Penrose, qui archivera toutes les photos de sa mère, préservant ainsi l’histoire de sa vie. Elle se découvre une passion pour la cuisine, et ses recettes seront par la suite publiées. Hormis une série de photos pour Vogue sur ses amis artistes venus lui rendre visite en Angleterre, elle arrête complètement la photographie et ne reparlera plus jamais de l’horreur dont elle a été témoin en tant que reporter. 

Lee Miller a eu plusieurs vies. Chacune fut marquée par l’engagement et la soif d’indépendance qui la caractérisaient. Aujourd’hui, elle est autant reconnue pour ses photographies artistiques que son travail sur la seconde Guerre Mondiale. Ses photos réalisées dans les camps de concentration sont précieuses et racontent l’horreur de la Shoah mieux que n’importe quelle description. Exemple d’émancipation, Lee Miller est une femme inspirante dont l’histoire doit continuer d’être partagée ! 

 

Victoria Lavelle pour Celles qui osent 

Sources :

http://www.jeudepaume.org/index.php?page=document&idArt=751&idDoc=567

https://www.lemonde.fr/culture/article/2007/09/24/photographie-lee-miller-le-puzzle-reconstitue_958808_3246.html

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