Gabrielle Paillot, lanceuse d’alertes animalières

Celles qui Osent rencontre Gabrielle Paillot : oser dénoncer les violences animales 

Un article de loi méconnu, peu ou mal appliqué, peut générer beaucoup de préjudices et bien des tragédies. Selon Gabrielle Paillot, lanceuse d’alertes animalières, les tribunaux, par méconnaissance ou laxisme, n’appliquent généralement pas l’article 521-1 du Code pénal : « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. » La justice se retranche le plus souvent derrière l’article 655-1 qui parle « d’atteinte volontaire à la vie d’un animal ». Conséquences, des tortionnaires écopent très régulièrement d’une amende insignifiante de classe V et récidivent à l’infini. Celles qui Osent revient sur la vie de combat de Gabrielle Paillot, qui ose dénoncer les violences animales. 

Une vie de combat pour une parodie de justice

Une enfance à deux jambes et quatre pattes

Quatre femmes entourent l’enfance de Gabrielle Paillot : sa mère, ses trois sœurs, quatre femmes et une petite chienne, Fifi. De temps à autre, l’été, elle découvre et partage beaucoup avec des animaux d’élevage, taureaux, petits veaux, canetons, basse-cour. Elle se sent bien parmi eux, n’est pas effrayée et crée des liens forts et réciproques. C’est son jardin secret où elle expérimente la communication intuitive et l’affection sans bornes. Son assiette la révulse lorsque gisent, éparses, les morceaux de ses compagnons au destin tragique.

Fifi, c’est sa copine de toujours, sa meilleure amie, la confidente, la complice. Gabrielle Paillot a treize ans  quand la petite chienne tire sa révérence et la quitte. Dans le cœur de l’adolescente, le vide est incommensurable. Cet être cher, très cher, lui manque terriblement. Elle voudrait que le monde s’arrête, mais la vie continue. Après tout, il ne s’agit que d’un chien, d’une bête ! Ça passera ! 

Dès lors, elle prend conscience de la finitude des choses et de l’importance d’aimer et de choyer tout être vivant tant qu’il est encore là, tant qu’il est encore temps. Ce sera la base d’une relation de dix-sept ans avec Nougat, son second chien, un adorable et éternel petit caniche abricot.

La méconnaissance des hommes et leur manque d’empathie à l’égard du charisme et de la sensibilité animale la heurtent. Pour elle, il n’y a qu’un monde tous règnes confondus. Pour la plupart des autres, il y en a deux. Dans le cœur humain, c’est simple, il y a soit quelqu’un soit quelque chose, le reste est accessoire, hybride, pire insignifiant. La fracture est évidente, le fossé gigantesque, la blessure béante.

Quand je serai grande, je serai coiffeuse pour chiens !

Quand je serai grande, je serai coiffeuse pour chiens ! C’était si drôle, si mignon que, bien sûr, ça faisait rire tout le monde ! Par amour des livres et de la lecture, Gabrielle Paillot orientera finalement ses études vers la littérature et obtiendra une maîtrise de lettres modernes à la faculté de Reims. Elle ne sait pas encore à quel point ce cursus lui sera utile et fera écho à sa vocation intime. 

Irrésistiblement, ses choix littéraires pointent vers les auteurs  qui épousent la cause animale :

  • Victor Hugo « L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà. » ; 
  • Lamartine « On n’a pas deux cœurs : un pour les animaux et un pour les hommes, on a un cœur ou on n’en a pas. » ; 
  • Arthur Schopenhauer « La compassion à l’égard des animaux est si étroitement liée à la bonté du caractère qu’on peut assurément affirmer que lorsqu’un homme se montre cruel envers les animaux, il ne saurait être un homme bon. » ; 
  •  Colette et son bestiaire ; 
  • Jean de La Fontaine et ses fables, etc.

Gabrielle Paillot : oser devenir lanceuse d’alertes animalières

En mai 2016, à Laon, ville où elle réside, un individu défenestre son chiot du second étage. Informée, Gabrielle Paillot se déplace à la clinique vétérinaire. La rencontre avec l’animal est bouleversante. Leurs regards se mêlent. Elle lit la douleur, ressent la frayeur, l’incompréhension, le désarroi et la culpabilité de ce petit être blessé, inoffensif, amoindri, en totale détresse. Désarmée, elle rentre chez elle. Que peut-elle faire de plus ? Pour lui, pour tous les autres ? Elle ne dort pas, elle réfléchit. Le sentiment d’impuissance et la fatalité lui sont insupportables. Que sait-elle faire ? Que maîtrise-t-elle ? Comment peut-elle agir ?

Petit à petit, les idées arrivent, les mots se bousculent puis les phrases se mettent en place. Écrire, oui, écrire. Écrire pour dire, dénoncer, se révolter, protester, ne plus accepter l’inacceptable. Gabrielle se lance et part à la défense de ceux qui, victimes de maltraitance, subissent le martyre en silence, indéfiniment, sans comprendre, seuls face à leurs bourreaux et une justice qui les conchie.

La première pétition citoyenne rassemble 57 000 signatures sur la plateforme Mes Opinions.com. En dépit de ce soutien massif, la déception est au rendez-vous. L’accusé écope de 135 euros d’amende et d’une interdiction de récupérer son chiot handicapé à vie, désormais pensionnaire à la SPA. Sanctions dérisoires. Pas de détention. Pas même de sursis ni de travaux d’intérêt général ou encore de stage de sensibilisation. Aucune restriction quant à la reprise éventuelle d’un autre animal.

 « Tout comme l’homme, les animaux ressentent le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur. »

Charles Darwin

Maltraitance animale et justice en trompe-l’œil, une double peine

Choquée, Gabrielle Paillot découvre l’incohérence juridique qui existe dans le Code civil, qui reconnaît l’animal comme étant doué de sensibilité, mais conserve la notion de biens, autrement dit de chose inanimée dépourvue d’émotions. Selon elle, la transformation du statut juridique de l’animal a peut-être fait beaucoup de bruit en 2015, mais ses effets sont plus symboliques que protecteurs. Il s’agit du fameux article  515-14 du Livre II du Code civil « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. »

 Selon le Petit juriste : « Si les animaux ont acquis un statut juridique distinct des autres biens, la référence à leur soumission au régime des biens sous réserve des lois qui les protègent contrarie d’emblée la bonne intention de la réforme. »

 Conclusion du Petit juriste : « Certains parlementaires ont admis que la comparaison avec d’autres systèmes juridiques relègue  notre droit, qui se veut pourtant historiquement comme un modèle rayonnant, au rang des plus rétrogrades et inadaptés du point de vue de la prise en compte de l’animal. »

 En dépit de la transformation juridique de 2015, les animaux restent donc soumis au régime des biens corporels et, par conséquent, réduits à une existence juridique matérielle et aux lois qui découlent des choses. La nouvelle disposition du Code civil contraint tout au plus à l’obligation d’une conduite  éthique, respectueuse de l’animal et de sa sensibilité, notion qui existait déjà dans le Code pénal, sans grands effets.

Gabrielle Paillot, citoyenne aux 5 millions de signatures

Face à ce contresens, ce rempart juridique, elle ne baisse pas les bras. À deux poids deux mesures, deux axes de combat ! Elle va faire couler de l’encre, beaucoup d’encre, autant qu’il y a de sang versé. Chaque délit aura sa condamnation. Sa stratégie se met en place renforcée par une méthodologie imparable. Désormais, Gabrielle Paillot travaille simultanément sur 2 catégories de pétition : 

  1. La dénonciation de chaque acte de cruauté avec revendication de sanctions systématiques pour les auteurs en fonction de l’article 521-1 du Code pénal (jusqu’à 2 ans de prison ferme et 30 000 euros d’amende) ;
  1. L’évolution sur le fond des droits et du régime juridique de l’animal.

À ce jour, la lanceuse d’alertes est à l’origine de 60 pétitions, 48 pour actes de barbaries aggravés et une douzaine pour l’évolution des droits des animaux tels que :

  • L’obtention du statut juridique de personne ;
  • la reconnaissance du crime contre les animaux dans le Code pénal à l’instar de la Grèce, des USA et de l’Angleterre ;
  • la création d’un numéro vert d’urgence accessible 24/24 associé à des brigades spécialisées ;
  • l’instauration de centres d’hébergement pour les sans-abri et leurs chiens dans la France entière ;
  • la remise en cause de la dérogation d’étourdissement au nom des abattages rituels ;
  • l’abolition de la chasse à courre ou vénerie ;
  • l’arrêt de la chasse en enclos ;
  • l’interdiction du massacre des ratons laveurs dans l’Aisne et ailleurs ;
  • le statut d’animal de compagnie pour le cheval ;
  • l’introduction d’un module obligatoire de sensibilisation des droits des animaux dans les écoles de la magistrature ;
  • la généralisation de la médiation animale dans les Ehpad et auprès des enfants malades ;
  • l’enseignement de l’éthique et de l’empathie envers les animaux dans les écoles et les collèges.

 Dans tous les cas, les textes sont factuels, clairs, parfaitement structurés, exempts de fautes et pourvus de titres accrocheurs, sans complaisance. Les formulations se veulent prescriptives, revendicatives afin de susciter la mobilisation et d’inciter à des résultats tangibles. Les propos restent cependant mesurés, sans agressivité, avec appels à la modération concernant les commentaires des internautes. L’objectif n’est pas de susciter la révolte, encore moins la haine, mais de contribuer à l’application et/ou l’accentuation des peines.

gabrielle-paillot-cellesquiosent-CQO

 Gabrielle Paillot assure ensuite les étapes organisationnelles suivantes :

  • lancement de la pétition ;
  • appui par un ou plusieurs articles de presse ;
  • envoi aux institutions ciblées (ministres, procureurs, parquets, préfectures, députés, etc.) ;
  • informations des avancées aux signataires (copies des échanges, comptes rendus des contacts téléphoniques) ;
  • relances auprès des destinataires ;
  • transmission des coordonnées aux signataires avec modèle pour des reprises individuelles (Élysée, ministères, tribunaux, juges, etc.).

Son travail a permis de rassembler 5 millions de signatures, 5 millions de signataires qui veulent en finir avec l’impunité, l’irresponsabilité, la cruauté envers les animaux, leur déconsidération et leur statut juridique de biens. 5 millions d’engagements signés pour réclamer une vraie  justice. De quoi attirer l’attention des médias et interpeller le monde politique.

Un combat contre la maltraitance animale

En tant que citoyenne, Gabrielle Paillot a osé, seule, sans association, sans affiliation, juste portée par le souvenir de ses chiens Fifi et Nougat, et le terrible sort du petit chiot défenestré. Désormais, elle est suivie par la Presse, est en relation avec des hommes politiques et représente les espoirs de 5 millions de signataires et de millions d’êtres vivants doués de sensibilité. Ce n’est pas rien ! Non ! Vraiment ! Ce n’est pas rien ! Son combat pour la reconnaissance de la maltraitance animale en tant que crime est devenu le nôtre. Il contribue à l’émergence de la cause animale dans l’opinion publique. Certes, elle et ses alliés accusent des déceptions et ont quelquefois l’impression de ramer à contre-courant, mais, en contrepartie, les avancées obtenues débroussaillent un sentier qui pourrait bien devenir un boulevard, une autoroute.

Les courriers qu’elle adresse régulièrement au président de la République et aux ministères sont lus et pris en compte. Monsieur Loïc Dombreval, député des Alpes-Maritimes et dirigeant du groupe Condition animale à l’Assemblée nationale, planche sur l’évolution des droits des animaux. Il est en lien avec Gabrielle Paillot, l’encourage dans sa démarche, et se montre en faveur d’une accentuation des peines de prison et des amendes pour les tortionnaires.

Gabrielle a récemment reçu une réponse du ministère de l’Éducation pour l’introduction dans les écoles d’un module d’enseignement intitulé : « l’empathie envers les animaux ».

Au cours d’une interview par l’Est éclair, elle dira : « Si on n’essaie pas, on a déjà perdu !»

Essayer, oser, encore fallait-il cibler juste, ne rien lâcher et s’allier 5 millions de coéquipiers.  À ce jour, Gabrielle Paillot et ses pétitionnaires enregistrent 7 victoires. Par 7 fois, des tribunaux ont appliqué les peines maximales de l’actuel article 521-1 du Code pénal en lien avec des actes particulièrement abjects. 

 

Considérer la maltraitance envers les animaux, les barbaries ou autres sévices comme autant de crimes n’est plus une utopie. Gabrielle Paillot préconise que les jugements dépendent du tribunal des assises et qu’ils soient assortis de peines de 5 à 10 ans de prison. Ce serait un quatrième crime inscrit au Code pénal. Pour conforter son propos, Gabrielle s’appuie sur une étude américaine. Celle-ci  révèle que 70 % des meurtriers se sont d’abord essayés sur les règnes dits inférieurs. Selon elle, l’alcool, la toxicomanie, les psychotropes et autres contextes sociaux ou familiaux ne peuvent plus être considérés comme des circonstances atténuantes.

« Un pays est à l’image de ses animaux. De la protection qu’on leur accorde. Si les gens ont un comportement bestial envers les animaux, aucune démocratie ne pourra leur venir en aide. Pas plus qu’autre chose d’ailleurs.»

Olga Tokarczuk 

 

 « L’âme est la même chez tous les êtres vivants, seul le corps est différent. »

Hippocrate

 

« De temps en temps, la nuit, mes rêves tu envahis

Petits messages où se côtoient licornes et Anges,

Au milieu de ce Nouveau Monde, tu as fait ton nid,

Loin de moi, mais si près des azurées mésanges

Qui chantent  pour toi leurs douces louanges,

Repose-toi bien mon amour, repose-toi à l’infini… »

Gabrielle Paillot, à son chien Nougat

 

Etsie TESSARI, pour Celles qui Osent

Articles similaires
6 Comments
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :