Berthe Morisot, Femme Peintre Impressionniste et Indépendante

Les magnifiques tableaux des peintres impressionnistes nous font rêver avec leurs teintes pastels. Monet et ses Nymphéas, ou encore Renoir, Manet, Pissarro… Mais quelques artistes féminines se trouvent également dans cette liste ! Parmi elles, Berthe Morisot, femme peintre impressionniste, a particulièrement marqué son temps. Elle a été la figure de proue de ce mouvement moderniste. Femme indépendante, exerçant une profession alors réservée aux hommes, sa peinture d’avant-garde fut exposée lors des désormais célèbres expositions des impressionnistes. Elle a toujours osé défendre sa liberté et n’a jamais eu l’intention de rester dans l’ombre de l’un de ses homologues masculins.

Berthe Morisot, une femme peintre impressionniste à la vocation chevillée au corps

Une détermination précoce

Née à Bourges en 1841, Berthe Morisot déménage à Paris avec sa famille pendant son enfance. Elle est issue d’un milieu bourgeois s’intéressant aux arts : les Morisot reçoivent les artistes chez eux. Très tôt, elle étudie la peinture. Son objectif : devenir peintre professionnelle et vivre de son art. Une idée audacieuse et atypique pour une femme du XIXe siècle.

À l’époque, les cours des Beaux-Arts sont réservés aux hommes : les femmes n’y ont accès qu’à partir de 1897. Elle apprend donc à peindre avec des professeurs particuliers. Parmi eux se trouve Camille Corot, dont l’œuvre aura une grande influence sur son travail. La jeune femme participe au Salon officiel dès 1864. Elle reçoit une critique très élogieuse lors de cette exposition annuelle organisée à Paris par l’académie des Beaux-Arts.

Des rencontres primordiales

Avant-gardiste dans son art, elle fréquente rapidement les précurseurs d’un mouvement impressionniste naissant : Henri Fantin-Latour, Edgar Degas… Elle fait la connaissance d’Édouard Manet en 1868, et très vite, les deux artistes se lient d’amitié. Chacun a beaucoup de respect et d’estime pour l’autre. Manet influence Morisot, et la peinture de Berthe sera aussi une source d’inspiration pour Édouard. Berthe Morisot pose pour lui, elle devient son modèle, notamment pour le fameux tableau Le balcon. Quelquefois, il ne peut s’empêcher de retoucher ses tableaux, sans son autorisation. Bien sûr, cela irrite profondément Berthe, qui ne se laisse pas faire.

La naissance de l’impressionnisme

Elle est la seule femme à signer la charte de la « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs », association d’artistes qui donnera naissance au mouvement impressionniste. D’autres figures féminines la rejoindront ensuite : Mary Cassatt, Eva Gonzalès, Marie Bracquemond. Mais Berthe Morisot sera la seule femme impressionniste à participer à toutes les expositions du groupe.

Elle prend part au premier Salon du mouvement, en 1874. Elle est alors la seule artiste féminine à exposer et la critique n’est pas tendre. L’exposition est accueillie par des moqueries, Berthe n’y échappe pas. Malgré tout, elle persiste et devient l’une des personnalités importantes de l’impressionnisme. Ses amis se nomment Renoir, Monet, Whistler, Puvis de Chavannes et Mallarmé.

berthe-morisot-celles-qui-osent-CQO

Une femme indépendante, dans son art et dans la vie

Des rôles inversés

Après être longtemps restée réticente à l’idée du mariage, en 1874, Berthe épouse Eugène Manet, le frère cadet du célèbre peintre. Après son union, elle ne renonce pas pour autant à sa passion. Il est hors de question pour elle d’abandonner les pinceaux. Son mari est lui aussi peintre, et il semble comprendre l’importance de l’art pictural pour son épouse.

Eugène accepte même de favoriser la carrière de Berthe. Elle continue à signer ses tableaux de son nom de jeune fille. Il pose pour celle qui aime tant représenter des scènes de la vie courante. Ainsi se produit une inversion des rôles classiques de l’époque : c’est le mari qui s’efface pour laisser sa femme travailler et s’épanouir dans son art. Eugène se laisse représenter sur les tableaux de son épouse dans des situations considérées à l’époque comme féminines, par exemple dans le tableau Eugène Manet et sa fille au jardin.

Une vie de famille épanouie

En 1878 naît Julie, la fille unique du couple. Père et fille deviennent les modèles de prédilection de l’artiste, qui aime saisir des moments de vie, des scènes fugaces, la douceur du temps qui passe. Berthe ne renonce donc pas à sa liberté ni à son travail artistique après le mariage ni même après la naissance de son enfant.

Mère aimante, sa fille Julie est au centre de ses tableaux. Néanmoins, il lui arrive de la croquer en la représentant dans les bras d’une nourrice. Berthe travaille à sa peinture pendant ce temps… Ainsi, elle veut montrer que les femmes peuvent trouver une autre voie que la maternité pour s’épanouir. Son message est qu’il est possible d’être parfaitement heureuse en menant de front le travail et la maternité.

Une lutte constante pour l’égalité

Femme de son temps, elle a dû se battre pour que son talent soit reconnu à la hauteur de celui de ses homologues masculins. Un peu à la fois, ses pairs admettent que son travail et sa sensibilité artistique sont exceptionnels. Elle parviendra même à être considérée par la critique comme étant l’un des membres fondateurs du mouvement moderne que sont alors les impressionnistes.

Une reconnaissance tardive

Un chemin long et difficile

Malgré tout son talent et celui de ses consœurs, au XIXe siècle, le travail des femmes est toujours considéré comme inférieur à celui des hommes. Le métier de peintre est alors réservé à la gent masculine. On estime à l’époque que lorsqu’une femme peint, le fruit de son travail reste une œuvre secondaire. Berthe Morisot a pourtant exploré des chemins inconnus jusque là dans l’art pictural et son œuvre est très novatrice.

Du côté de la promotion de son art, là encore, Berthe transgresse les codes : elle décide d’exposer de manière indépendante. Elle veut rester en dehors des circuits classiques. Pour elle, la peinture est un outil d’émancipation.

Un coup de pinceau caractéristique

Dotée d’une sensibilité artistique qui lui est propre, Berthe Morisot peint des toiles claires, légères, par petites touches. Chez elle, le blanc devient couleur. Parfois, sur certains de ses tableaux, l’artiste décide de laisser les angles nus, sans peinture. La critique y voit un défaut, une timidité « toute féminine » plutôt qu’une décision réfléchie. En 1880, elle est ainsi surnommée « l’ange de l’inachevé » par un journaliste. Décidément, on a bien du mal à la comprendre.

Son art est de plus en plus maîtrisé, elle s’essaie à de nouvelles techniques, le pastel, la gravure, la sculpture. Elle reste incontestablement une merveilleuse coloriste. Elle aime peindre des portraits colorés, empreints de modernité.

La gloire, enfin

En 1892, elle participe à une exposition individuelle qui propose 43 de ses œuvres. C’est un succès total. Enfin, la reconnaissance de son travail arrive. En 1894, l’État achète un de ses tableaux, Jeune femme en toilette de bal, pour l’exposer au musée du Luxembourg.

Hélas, elle s’éteint en 1895 et profite peu de son succès. Berthe a déjà perdu son grand ami Édouard Manet ainsi que son époux Eugène, décédé en 1892. L’année qui suit la disparition de cette grande artiste, ses amis Renoir, Degas, Monet et Mallarmé organisent une exposition rétrospective de son œuvre, avec près de 400 tableaux.

Berthe Morisot est une figure féminine qui a marqué le monde de l’art. N’hésitant pas à montrer les femmes dans leur quotidien, elle a toujours défendu ses valeurs féministes et a mené sa vie comme elle l’entendait. Pourtant, à sa mort, son certificat de décès la désigne malgré tout « sans profession ». L’égalité hommes-femmes est encore lointaine. Ces dernières décennies voient un engouement certain pour le travail de l’artiste-peintre, et une réhabilitation de son talent. De la National Gallery of Art de Washington au musée d’Orsay à Paris, les plus grands musées organisent depuis plusieurs années des rétrospectives et des expositions de ses œuvres. La reconnaissance est tardive, mais elle est enfin là. Vous voulez découvrir une autre femme peintre à la forte personnalité ? Lisez l’article de Celles qui osent sur Frida Kahlo.

Daphné Marlière, pour Celles qui osent

Sources

https://www.beauxarts.com/grand-format/berthe-morisot-en-3-minutes

https://www.franceculture.fr/peinture/morisot-cassatt-et-bracquemond-limpressionnisme-au-feminin

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/berthe-morisot-un-atelier-a-soi-1841-1895

tipeee-celles-qui-osent

Articles similaires
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.