Apolonia, Apolonia, le film qui nous a tant émues

Apolonia, APOLONIA, film-documentaire de Léa Glob

Lundi 18 mars 2024 :  suite au message qu’elle m’avait laissé, j’ai accepté l’invitation de Lucie Rondelet à la projection d’un film documentaire au cinéma Le Reflet Médicis, salle mythique du non moins mythique Quartier latin à Paris. Devenu un des temples de l’Art et Essai, le Reflet Médicis propose depuis toujours de grands classiques du répertoire, de nouveaux films en exclusivité, des rétrospectives, des films de recherche, et accueille régulièrement des festivals de cinéma français ou étranger.  

“On va voir le documentaire “Apolonia, Apolonia”, ça te dit ?” m’avait proposé Lucie. Toujours friande d’une pépite à découvrir, j’acceptai son invitation avec enthousiasme. 

“Apolonia, Apolonia” : de quoi pouvait-il bien s’agir ? Mon cerveau en ébullition tenta alors de créer des connexions avec mes connaissances : cela avait-il un rapport avec Apollon, le plus beau des dieux grecs ? J’éliminai cette supposition rapidement, l’étymologie ne collait pas : Apolonia ne comporte qu’un seul “L”. Idem pour le nom de la célèbre mission Apollo 11 qui mena les hommes à poser un premier pas sur la Lune. Apolonia, Apolonie ? Anagramme de Laponie ? Peu probable mais pas impossible. Ce documentaire avait-il un rapport avec l’Apollonide, film réalisé par Bertrand Bonello avec l’incandescente Adèle Haenel ? Pourquoi pas… mais toujours ces deux “L” qui coincent. 

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Dépitée, je décidai alors de scruter l’affiche. 

L’image est saisissante et puissante. La silhouette d’une femme entièrement nue, aux faux airs de Frida Khalo, occupe la totalité de l’espace. Ses bras levés au-dessus de la tête encadrent ses cheveux noirs de jais, son regard dardant et révèlent sa pilosité aux aisselles. 

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Une large cicatrice verticale marque son ventre, depuis le pubis jusqu’au nombril. Le titre “Apolonia, Apolonia” barre sa poitrine et en dessous, on peut lire “Becoming an artist in a man’s world”.


Les indices sont clairs : art, féminisme, lutte contre le patriarcat sont visiblement les principaux ingrédients qui composent cette œuvre cinématographique

 

Je ne cherche pas à en savoir plus. D’une manière générale, j’évite de chercher des informations à propos de quelque chose que je dois découvrir, qu’il s’agisse d’un film, d’une expo, d’un nouvel endroit. Je ne veux pas que ma pensée soit biaisée par celle des autres ou que mon regard perde sa virginité et soit influencé avant de m’être forgé ma propre idée. 

Mardi 19 mars 2024 : ce soir-là, contrairement au petit Marcel, je ne me suis pas couchée de bonne heure … et grand bien m’en a pris ! 

 

18h30 : je retrouve Lucie place de la Sorbonne, dans un café au nom “so Quartier Latin”, L’Écritoire. La vie est douce, le printemps s’annonce, les Parisiens envahissent les terrasses où les conversations vont bon train. Lucie et moi nous mettons au diapason : nous savourons qui une bière fraîche, qui un verre de Chardonnay et papotons à bâtons rompus jusqu’à l’heure de la projection. 

19h25 : Qui sont ces deux échevelées qui cavalent rue Champollion ? Lucie et moi, têtes de linotte (oui, nous utilisons encore cette expression), avons laissé courir le temps et arrivons essoufflées mais à l’heure pour la projection. 

20h : après les discours de circonstance des organisatrices du festival dans le cadre duquel a lieu cette projection, le noir se fait enfin dans une salle comble et attentive. 

 

 

Ce que raconte Apolonia, Apolonia

NOIR – PREMIÈRE IMAGE DU FILM – DÉBUT DE LA CLAQUE… 

 

À l’écran, une jeune fille, filmée en gros plan, se coupe les cheveux. Plus exactement, elle raccourcit sa frange (déjà très courte, il faut bien le dire). Son visage atypique, à la fois poupin et sensuel interpelle immédiatement. Un détail insolite attire l’attention : au-dessus de la lèvre supérieure de sa belle bouche ourlée, s’étale une épaisse couche de crème que l’on suppose dépilatoire ou décolorante. Comme dans la célèbre publicité pour le parfum Loulou de chez Cacharel, on a envie de dire :” Apolonia ?” en s’attendant à voir cette étrange jeune fille se retourner et dire “oui, c’est moi !”. 

« J’ai souvent pensé qu’il était temps que je coupe la caméra. Mais je continuais, un peu plus longtemps… »

 

… raconte Léa Glob, la réalisatrice, en voix off.

 

En 2009, Léa, alors encore étudiante, rencontre la magnétique Apolonia Sokol pour la première fois. Un véritable coup de foudre s’opère et Léa demande à Apolonia si elle peut la filmer. Pour Apolonia, la demande n’est pas incongrue : ses parents, fondateurs du théâtre avant-gardiste le Lavoir Moderne Parisien, niché dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, ont pour habitude de filmer leur quotidien et ce depuis bien avant la naissance d’Apolonia. Initialement prévue comme un simple projet d’école,  l’œuvre de Léa Glob se transforme en une épopée intime.

Nous suivons le chemin de vie d’Apolonia, depuis sa naissance et les coulisses du théâtre de son enfance jusqu’à ce que la caméra se coupe en 2021. 

Pour la réalisatrice, originaire de la campagne danoise, capturer cette vie de bohème revêt l’allure d’un conte de fées urbain. Cette fascination perdurera treize ans, liant étroitement celle qui aspire à devenir une peintre accomplie à son alter ego, qui lui renvoie l’image d’un miroir cinématographique. 

Léa Glob  réussit à capter l’évolution d’Apolonia dans sa peinture et sa personnalité.

Chaque coup de pinceau raconte une histoire de maturité acquise, de batailles menées, et surtout, de passion. La caméra, discrète, capte ces instants de vie brute avec une délicatesse qui nous plonge dans une intimité rarement offerte au grand écran. Au-delà d’Apolonia, le film raconte en filigrane l’histoire d’Oksana Chatchko, co-fondatrice du mouvement Femen en Ukraine, exilée en France en 2013 suite aux pesantes menaces auxquelles elle ne peut plus faire face dans son pays. Figure charismatique d’un féminisme militant et passionné, Oksana liera avec Apolonia une relation profonde. 

La sororité qui lie Apolonia à la réalisatrice, puis à Oksana, devient la nôtre. Nous rions avec elles, pleurons leurs peines, et ressentons leurs triomphes comme si nous partagions leur quotidien. 

Lorsque la caméra s’éteint finalement, c’est une partie de notre propre vie qui semble se mettre en pause, nous laissant avec un sentiment de perte, mais aussi de gratitude d’avoir été invitées à partager un tel voyage. On retient ses larmes, ou bien on les laisse couler, paralysées par l’émotion devant l’écran noir et les noms qui y défilent. 

Notre avis sur le film Apolonia, Apolonia

LUMIÈRE – SILENCE – APPLAUDISSEMENTS

Mardi 19 mars, 22h30 : abasourdies et larmoyantes, Lucie et moi en croyons à peine nos yeux lorsque nous voyons apparaître Apolonia, en chair et en os, pour un échange de questions-réponses avec le public. Telles deux gamines voyant surgir Madonna dans leur salon après un concert, nous buvons les paroles d’Apolonia et Lucie parvient même à poser une question à laquelle l’artiste répond avec enthousiasme et pertinence. 

23h15 : plus d’hésitation possible, il nous faut le témoignage d’Apolonia pour le podcast de Celles qui Osent. Sollicitée de toute part, Apolonia prend le temps d’écouter notre requête et, avec son sourire désarmant, accepte tout de suite notre proposition.

C’est gagné ! Apolonia racontera ses audaces à notre micro. 

Nous n’avons maintenant qu’une hâte, celle de partager un petit bout d’Apolonia avec vous ! 

En attendant, le film sort le 27 mars 2024 en salle.

À votre avis, est-ce qu’on vous conseille d’aller le voir ?

Julie Benard et Lucie Rondelet, pour Celles qui Osent

Apolonia sur Intsagram

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