Biographie d’Elisabeth Badinter : parcours d’une militante

Vous avez sûrement entendu parler de la vie d’Elisabeth Badinter, mais sauriez-vous dresser son portrait avec précision ? Certains parviennent à la relier à la cause féministe sans pour autant être en mesure de décrire ses idées. La biographie d’Elisabeth Badinter est l’occasion de mieux connaître une femme complexe au parcours atypique. Agrégée de philosophie et spécialiste du siècle des Lumières, elle est une fervente défenseuse de la cause des femmes. Mais c’est également une femme d’affaires, héritière d’un empire fondé par son père. Découverte d’un personnage hors du commun.

La cause féministe au cœur de la biographie d’Elisabeth Badinter

Elisabeth Badinter est connue avant tout pour ses convictions féministes qui s’articulent autour de deux thèmes principaux, toujours d’actualité : l’égalité des sexes et la laïcité.

“Malgré les revendications différentialistes actuelles, nous allons avec constance vers un modèle de ressemblance. Tous les hommes ne sont pas ambitieux, toutes les femmes ne sont pas des battantes. A peu de chose près, l’un est l’autre…”
Elisabeth Badinter / Entretien avec Pascale Frey – Octobre 1999

Son combat sans relâche pour l’égalité des sexes

Le rejet du principe de l’instinct maternel

Dans son ouvrage « L’amour en plus » publié en 1980, elle a étudié le comportement des mères vis-à-vis de leurs enfants depuis le XVIIème siècle.

“Au lieu d’instinct, ne vaudrait-il pas mieux parler d’une fabuleuse pression sociale pour que la femme ne puisse s’accomplir que dans la maternité ?”

Elle affirme que le principe d’un amour maternel inné n’existe pas.  L’autrice explique qu’au XVIIème siècle, les femmes ne s’occupaient pas de leurs enfants. Il étaient placés en nourrice de 0 à 4 ans et confiés ensuite à des précepteurs ou des gouvernantes, puis envoyés en pensions. La mère ne nouait donc aucun contact avec ses enfants. Cette absence de preuve d’amour serait le signe d’un manque de sentiment de la part des mères à l’égard de leurs enfants.

Une vague de contestation a accompagné la sortie du livre, tant le principe de l’instinct maternel était ancré dans les mentalités. Malgré les critiques, cette publication a eu le mérite de lancer un débat permettant de déculpabiliser de nombreuses mères qui ne ressentaient pas ce fameux instinct maternel.

Le rejet de la parité

L’autrice a également fait parler d’elle au sujet du débat sur la parité. La mise en place de quotas en faveur des femmes date de 1999. Dans une tribune du journal l’Express cosignée avec treize autres femmes, elle s’est opposée à la loi sur la parité hommes-femmes en politique. Elle considérait que le fait de contraindre à la parité était inutile et que l’égalité pouvait être obtenue autrement que par la force. À l’époque, sa position a pu paraître étonnante émanant d’une féministe convaincue. Mais ce n’est pas le principe d’égalité qu’elle contestait mais bien les moyens choisis pour y parvenir. Il ne s’agit donc pas d’une remise en cause de ses convictions mais seulement d’un différend avec ses contemporains sur les moyens à entreprendre pour mettre en œuvre ses idées. Pour lire notre article sur la parité en politique, cliquez ici ! 

Sa position inébranlable sur la laïcité, objet de vives critiques

Depuis les années 90, elle s’oppose au port du voile dans l’espace public, au nom du principe de la laïcité. Pour elle, le port du voile n’est pas compatible avec les valeurs républicaines et la vie dans une démocratie. Cette prise de position lui vaut régulièrement de nombreuses critiques, notamment de la part des partis politiques de gauche ainsi que des féministes. Elle est jugée rigide et intolérante par ses détracteurs. Elle leur répond qu’elle « refuse de tolérer l’intolérable ». Selon la philosophe, accepter le port du voile dans l’espace public n’est pas compatible avec le principe d’égalité des sexes qu’elle défend. Elle fait valoir que dans de nombreux pays, des femmes sont voilées contre leur gré et aimeraient disposer de la liberté dont bénéficient notamment les Françaises.

Que l’on soit d’accord ou non avec ses idées, on ne peut qu’admirer le fait qu’elle les ait défendues envers et contre (presque) tous.

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AFP PHOTO / GEORGES BENDRIHEM

Le portrait d’une héritière humaniste, partie méconnue de la vie d’Elisabeth Badinter

Elisabeth Badinter n’est pas seulement une philosophe aux convictions féministes. Elle est également une riche héritière, ce que ses détracteurs ne manquent pas de rappeler. Toutefois, elle a aussi su poursuivre le travail de son père, à travers la Fondation qu’il a créée au service des personnes défavorisées.

Le groupe Publicis : un héritage encombrant

Son père, Marcel Bleustein-Blanchet perd tout pendant la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, il garde son patronyme de « Blanchet » qu’il avait inventé lorsqu’il était résistant. Il monte ensuite une société de publicité, Publicis, qui connaît un succès phénoménal. Elisabeth est l’héritière de cet empire et en devient présidente du Conseil de surveillance à la mort de son père, en 1996. Depuis 2017, elle en est vice-présidente. C’est donc une femme d’affaires appartenant à un des groupes de publicité les plus importants du monde.

Cet héritage tranche avec la figure de gauche féministe connue du grand public. Ses opposants ne manquent pas d’ailleurs de souligner qu’elle est une bourgeoise qui vit en contradiction avec ses idées.

Lors du débat sur le voile, ils n’ont pas manqué de faire valoir que sa position en faveur de la laïcité était contradictoire avec le fait que Publicis conseillait un pays comme l’Arabie Saoudite. Mais Elisabeth Badinter n’était peut-être pas informée des liens entre l’entreprise et ce pays. Malgré tout, l’autrice est vivement critiquée pour la place qu’elle occupe au sein de l’entreprise paternelle et qui ne serait pas en accord avec ses convictions. Sa richesse et son statut social ne devraient pas faire d’elle une féministe, selon certaines personnes.

Son rôle au sein de la « fondation de la Vocation »

Elisabeth Badinter a également hérité d’une fondation créée par son père. Pendant la guerre, ce dernier s’est promis d’aider les autres à réaliser leurs rêves, s’il survivait lui-même au conflit. Il a tenu parole puisqu’il a créé après la guerre, une fondation qui a pour but d’aider des personnes à réaliser leur vocation professionnelle.

Il s’agit en général de jeunes gens qui n’ont pas les moyens de parvenir à leur objectif. La fondation leur accorde une bourse pour les soutenir. C’est également un réseau composé de parrains et marraines connus et de donateurs qui permettent à l’organisme de fonctionner. En qualité de présidents de la République, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron ont tous les deux été les parrains d’une promotion, respectivement en 2009 et 2019.

Elisabeth Badinter a poursuivi l’œuvre de son père et préside la fondation depuis 1996. Lors d’une interview, elle a toutefois précisé rester en retrait pendant la délibération accordant les prix, pour éviter d’influencer le jury.

Un personnage public à la vie remarquable

L’autrice appartient à la célèbre famille Badinter, ce qui a contribué à la mettre sous les feux des projecteurs. Elle connaît également une vie professionnelle impressionnante.

La célèbre famille Badinter

La philosophe s’est mariée avec l’avocat de son père, Robert qui est de quinze ans son aîné. Entre 1981 et 1986, il a été Garde des Sceaux puis président du Conseil constitutionnel, entre 1986 et 1995. Il est également à l’origine de l’abolition de la peine de mort en France. Elisabeth Badinter a reconnu que la position de son époux l’avait sans doute protégée de certaines critiques, dans le cadre de son combat féministe.

Le couple est très présent sur la scène médiatique dans les années 80. En 1987, la disparition de leur fille Judith de vingt ans,  a été évoquée au journal télévisé. Il s’agissait  finalement d’un simple départ volontaire qui n’a duré qu’une journée. Cette anecdote met en lumière la place importante de la famille Badinter dont la vie privée était très médiatisée.

Elisabeth et son mari ont par ailleurs été proposé à de nombreuses reprises pour la Légion d’Honneur et l’Ordre national du Mérite qu’ils ont refusé tous les deux.

Une carrière aux multiples facettes

Elisabeth Badinter mène de front sa vie professionnelle tout en élevant ses trois enfants.

Elle passe l’agrégation de philosophe qu’elle obtient au bout de la quatrième tentative. Elle a écrit une vingtaine d’ouvrages dont une partie concerne le féminisme. En 2010, elle a publié « le conflit » qui prône le droit pour la mère de ne pas allaiter son enfant, si elle le souhaite. Le livre met aussi en garde contre les tendances qui pourraient conduire à remettre en cause l’avortement.

Elle est également spécialiste de la période des Lumières. En 2020, « les conflits d’une mère » évoque la vie de Marie-Thérèse d’Autriche. Le portrait de cette femme est brossé à travers le prisme de la maternité. Marie-Thérèse d’Autriche a en effet eu seize enfants auxquels elle était particulièrement attachée.

« Condorcet : un intellectuel en politique » publié en 1988 est le seul ouvrage qu’elle a rédigé avec son mari. En plus de la rédaction de ses livres, elle a été maître de conférences à l’École polytechnique.

Elle a la réputation d’avoir une vie très stricte, tournée essentiellement vers le travail. Elle ne se plierait à ses obligations mondaines que par nécessité.

Enfin, son nom aurait été évoqué pour entrer à l’Académie Française. Elle aurait refusé la proposition, faute de temps pour se consacrer à cette fonction.

 

Elisabeth Badinter est une femme charismatique, dotée de fortes convictions. Depuis plus de trente ans, elle se bat pour défendre ses idées, malgré les vives critiques dont elle fait l’objet. Quoi qu’il en soit, elle restera une figure incontournable du féminisme. Elle est également une personnalité inspirante pour bon nombre de femmes. Pour continuer votre découverte, lisez le portrait d’une autre grande féministe, l’avocate Gisèle Halimi.

 

Lorraine Véron pour Celles qui Osent.

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