Appauvrissement des contenus web

C’est en jetant un œil à Pinterest et à Instagram que j’ai eu l’idée de rédiger cet article… Pour tout vous dire, je m’inquiète de l’appauvrissement du contenu partagé sur le web, mais pas que… En fait, je m’interroge sur la capacité de l’être humain à créer. Pourquoi “les gens” ont-ils besoin de recopier ce que font les autres ? Pour se rassurer ? Par manque de créativité ? Pour faire le buzz ? Je file me promener sur le web pour partager mes réflexions avec vous !

Fake news et réactions des “gens”

Si j’utilise le mot “gens” (qui peut paraître péjoratif), c’est parce que je ne sais pas comment définir ceux qui ne comprennent pas le fonctionnement du web et la communication sur les différents médias. Alors pour démarrer, je vais vous raconter une petite anecdote rapide.
Récemment, alors que j’étais à un dîner chez des amis, l’une d’entre eux nous a parlé d’une histoire “incroyable” : un homme aurait fait croire à sa femme qu’il était sourd durant plus de 60 ans. Ils s’étaient mariés, avaient eu des enfants, jusqu’au jour où elle l’aurait surpris en train de chanter dans un karaoké.
L’histoire me paraissait assez surprenante. Je lui ai donc demandé où elle avait eu cette info, elle m’a répondu “à la radio locale”… j’ai enchaîné : “oui, mais est-ce que la radio a cité la source ?”, elle : “non, mais s’ils le disent, c’est que c’est vrai !”.
J’ai terminé par un “ah…” et je n’ai pas développé, car elle était déjà très sûre d’elle et semblait penser que j’étais une emmerdeuse qui cassait l’ambiance.

De mon côté, je me suis dit qu’il était tout à fait probable que l’animatrice radio, cherchant des news croustichoc’, ait tapé en 4e vitesse “actu drôle” sur Google (par exemple), entre deux tasses de café, au moment de poser ses fesses sur son fauteuil, devant son micro (elle était à la bourre à cause des embouteillages pour rejoindre Nouméa). Là, elle est tombée sur 20 minutes ou un autre média de ce genre (pas vraiment fiable), puis, sans vérifier les sources, a partagé l’info auprès de son audience.
Ça vous paraît crédible ?
Eh bien sachez qu’en bonne sceptique, j’ai cherché l’info en rentrant chez moi (oui, oui, à minuit passé, on est passionné par le contenu ou on l’est pas 😅).
J’ai tapé “Il a fait croire à sa femme qu’il était sourd” sur Google.
Voilà ce que ça donne :

CQO fait croire a sa femme sourd

Analyse rapide :

  • ✅ 1er résultat : le site Urgence-France qui ne cite aucune source (l’article n’est même pas signé) et il y a plus de pub sur la page que de contenu➡️ Type de site qui ne cherche qu’à faire le buzz pour obtenir du trafic et générer des “clics” rémunérés sur les publicités
  • ✅ 2e résultat : le site Sourds.net, on pourrait penser qu’ils sont plus sérieux, d’autant plus qu’ils citent une source (aaaaaah !), je clique dessus et me retrouve sur un site d’information sénégalais, alors que la nouvelle est censée provenir du Connecticut (oooooh…).

➡️ Le site a voulu faire le buzz pour attirer du trafic de manière virale sans vérifier ses sources.

  • ✅ 3e résultat : le site Yabiladi, on tombe carrément sur un forum de personnes qui échangent sur ce sujet en citant… Urgence-France !
  • ✅ 4e et dernier résultat qui évoque ce sujet 24jours.com, on retrouve le texte et les images qui ont été reprises par Urgence-France un an après, avec 0 source et encore une fois, plus de publicité que de texte.

Bien évidemment, l’info est partagée sur les réseaux sociaux sans source primaire.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de source primaire, mais en France, elle ne paraît pas évidente à trouver et je ne pense pas que l’animatrice radio ait pris le temps d’aller la chercher !

Conclusion : 24jours.com a partagé cette information sans sources début 2019 et celle-ci s’est propagée jusqu’à un dîner raclette à Nouméa, un soir de mai 2020…
En tant que formatrice en rédaction web, cela me donne envie de lutter contre le contenu bas de gamme ; il me semble que c’est un rôle que je me dois d’endosser.

Georges Chaulet, le père de «Fantômette», est mort - Culture / Next

Et pour votre culture G, sachez que finalement, cette fake new provenait de l’équivalent du Gorafi américain : https://www.snopes.com/fact-check/man-fake-being-deaf-dumb/

Les contenus dilués ou la nouvelle homéopathie du web

Vous le savez peut-être déjà, le contenu dupliqué est puni par les algorithmes des moteurs de recherche. En d’autres termes, si vous vous contentez de copier puis coller un texte sur votre site ou blog, il y a de grandes chances que vous ne soyez pas bien placé dans les résultats de Google. Hum, enfin, il y a des exceptions, car si le site qui vole le contenu est plus puissant que le tout petit qui l’a créé, alors, Google peut l’indexer plus rapidement et estimer que le gros a publié avant le petit. Mais je m’égare !
Aujourd’hui, force est de constater qu’il existe une réel appauvrissement sur le web, avec des contenus volés, reformulés, essorés jusqu’à la dernière goutte… L’objectif de ces pratiques étant visiblement (pour les voleurs) de réfléchir le moins possible. Eh oui, pourquoi s’embêter à créer lorsqu’on peut reformuler un texte qui nous plaît ?

Des exemples ?

Un article publié en avril sur mon blog formation-redaction-web.com :
voleurs de contenus

Et quelques mois plus tard, ailleurs sur le web :

Pour ce contenu, redacteur.com a repris l’image (en la modifiant légèrement) et un peu du titre, mais présenté des outils différents.
En revanche, il y a un mois ou deux, ils avaient repris les 3/4 d’un de nos articles (100 % authentique, sur l’article test). Cette fois, l’image était différente. Voyez plutôt :

contenu volé FRW

➡️ Sauf qu’ils ont confondu prospect et persona 😅

Note : le problème, c’est que ce site est pour l’heure plus puissant que le mien…

Un autre exemple ?

Je tape “rédiger un article de blog” sur Pinterest…

Je pense que c’est bon… on a de quoi faire !

Et si on tapait “ikigai” pour le fun (terme encore méconnu il y a 3 ans)

C’est génial, on a de plus en plus de contenu et donc, de canaux de communication… mais interrogeons-nous tout de même sur les sources… Si un site A inspire un site B, qui à son tour inspire un site C et ainsi de suite, alors, on ne parle plus de contenu dense et original, mais plutôt d’effet “téléphone arabe” !
Allo Allo Gif GIFs | Tenor
D’où ma comparaison avec l’homéopathie et la dilution.

Les dilutions en homéopathie : hautes, moyennes et basses dilutions

Peut-on lutter contre le mauvais contenu ? Si oui, comment ?

Google favorise la créativité, on le voit clairement depuis quelques années, il prend en compte l’expérience et le comportement de l’internaute, il analyse ses réactions et adapte ses résultats. On voit aussi qu’il favorise de plus en plus les sites qui se chargent vite, utilisent des images légères, des photos originales. Bref, les moteurs de recherche sont obligés de faire le tri. Ce tri est indispensable puisque des centaines de milliers de pages sont mises en ligne chaque jour et qu’il est nécessaire de les crawler avant de les indexer.
Comment choisir entre “L’ikigaï pour trouver sa voie”, “Trouver sa voie avec l’Ikigai”, ou encore “L’ikigai en 5 étapes pour trouver sa voie” ? Google a la réponse et je pense connaître moi aussi de nombreux critères de sélection, mais ce n’est pas le thème du jour ! Ce que vous devez retenir, c’est que l’avenir (sur le web) appartient à ceux qui créeront du contenu authentique. J’en suis assez persuadée… Il est évident que Google (mais aussi les algorithmes des autres moteurs de recherche comme Amazon, Pinterest ou Instagram) devront faire des choix face à cette avalanche de contenu… parce qu’il n’y a tout simplement pas assez de place sur le devant de la scène.
La recherche d’authenticité et d’appréciation par les internautes semblent être la voie la plus sûre, déjà largement empruntée par toutes ces intelligences artificielles.

Comment lutter ? Eh bien puisque vous êtes de celles qui osent, nous vous invitons à créer du contenu authentique, à partir de votre propre expérience !
Si vous êtes seulement consommatrice de contenu, alors, je vous suggère de vous interroger sur les sites que vous suivez et leur degré d’authenticité. Avez-vous l’impression de lire quelque chose de nouveau, qui sort des tripes ou de sites d’informations fiables ? Ou avez-vous le sentiment de découvrir du contenu appauvri par une succession de reformulations ? S’il s’agit de la dernière hypothèse, alors, fuyez et favorisez la navigation sur les sites fiables et authentiques, vous participerez ainsi à la lutte contre le contenu merdique (voilà, le mot est lâché !).

Pourquoi tant de contenu pauvre ?

Pour générer des clics sur les pubs !

Nous l’avons vu dans le premier paragraphe, certains ne cherchent qu’à faire le buzz. Peu importe le contenu, ils veulent seulement attirer du trafic avec des titres “choc” qui vont permettre (sur un malentendu, ça peut marcher) de récolter quelques clics sur leurs bannières de publicité. Si vous multipliez les contenus de type “buzz” et que vous les partagez sur les réseaux sociaux, vous pouvez attirer des centaines de milliers de visiteurs chaque jour. C’est le principe de nombreux sites où la pub est bien plus présente que le contenu informatif.

Par manque d’imagination et de créativité

Il faut l’avouer, certains n’ont tout simplement pas suffisamment d’idées pour créer de nouveaux contenus… alors ils vont voir la concurrence et trouvent des titres similaires, en espérant se faire une petite place dans les résultats des moteurs de recherche ou sur les réseaux sociaux. Ceux-là ne sont pas créatifs, mais ils veulent absolument réussir sur le web, ils ont vu que c’était possible et facile (eh oui, regardez celui-là, à 24 ans il boit du champagne (en costume) à Dubaï sur le capot de sa Ferrari !). Ils veulent eux aussi leur part du gâteau… mais sans compétences, travail de longue haleine ou talent particulier, on ne peut pas réussir sur le web 😕.

Par manque de confiance en soi

Certaines personnes très intéressantes ont peur de partager leur propre expérience, pensant que ce qu’elles ont vécu n’intéresse personne, ou que “les autres” savent déjà tout. C’est faux ! Chacun de nous est une mine d’information, nous avons tous une histoire qui nous est propre, que personne d’autre n’a pu vivre ou expérimenter. Je pense sincèrement que chacun a quelque chose à partager, quelque chose de véritable, qui peut intéresser du monde… et ça, ça ne pollue pas le web, ça l’enrichit.

Je termine sur cette note positive après tant de râleries. Ce sujet me tenait à cœur, je l’ai un peu survolé, mais que voulez-vous, la vie d’infopreneure n’est pas tous les jours facile 😜 (j’ai des enfants à aller chercher à l’école) !

Je vous laisse avec cette vidéo qui reflète une autre réalité de l’infopreneuriat.


Merci à celles et ceux qui m’ont lue.

Lucie Rondelet

2 thoughts on “Appauvrissement des contenus sur le web : peut-on encore lutter ?”

  1. Même les agences réputées les plus sérieuses telles que l’AFP peuvent se voir soumettre des informations qui s’avèrent être in fine manipulées (https://www.latribune.fr/technos-medias/medias/climat-extinction-rebellion-revendique-une-action-de-desinformation-contre-les-medias-851568.html).
    Idem pour certains organes de presse comme le New York Times dont dont le sérieux, nous dit-on, est réputé inébranlable mais qui sont incapables de vérifier leurs sources histoire de faire un coup médiatique (https://www.nouvelobs.com/medias/20081223.OBS6822/le-new-york-times-piege-par-une-fausse-lettre-de-bertrand-delanoe.html)
    Alors la crédibilité du web viral… n’en parlons même pas. Demander à chacun d’avoir un sens critique développé est une cause perdue d’avance à l’heure des réseaux sociaux où il faut publier en premier pour exister (où le croire).

  2. Merci pour cet article intéressant !
    Je suis blogueuse depuis de nombreuses années et j’ai longtemps été inscrite sur une sorte de réseau social pour blogueuses aujourd’hui disparu : Hellocoton. Ce site mettait en lumière quotidiennement des tas d’articles selon des thèmes (on sortait difficilement de la beauté, de la mode et du lifestyle mais soit) et alors quel enfer de voir des contenus pompés les unes sur les autres, surtout en matière de blogging (ou micro-blogging). Chaque jour il y avait un ou plusieurs articles déjà lus ailleurs et c’était franchement rébarbatif. Je pense qu’il y avait un manque de créativité (c’est toujours étonnant de la part de blogueuses qui disent pourtant aimer écrire et créer) et surtout une forme d’injonction à la productivité. Ces blogueuses préféraient proposer du contenu vu et revu plutôt que de poster moins et rester authentique. La “copie” allait jusqu’aux designs des blogs, quel ennui ! Peut-être peut-on aussi parler de mode et on peut alors s’interroger sur la limite entre le contenu repompé et la mode… Toujours est-il que c’est un phénomène qui se retrouve aussi sur Instagram et YouTube, quel que soit le domaine exploité, et c’est sans doute inévitable avec un Internet blindé. Tout le monde veut être reconnu ! A voir comment tout cela évolue…

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