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Yayoi Kusama, l’artiste avant-gardiste de la démesure

Plongez dans l’univers avant-gardiste de Yayoi Kusama

Yayoi Kusama est indéniablement l’artiste japonaise la plus connue au monde. Ses créations spectaculaires sont identifiables entre mille. Propulsions dans des mondes colorés recouverts de pois, fleurs ou miroirs, ses installations immersives constituent des expériences à part entière. Kusama est une magicienne ! Adepte de répétitions de motifs, elle transforme le réel, crée l’illusion et entraîne le spectateur à repenser les limites de la perception. Mais son univers régressif et quelque peu enfantin cache bien des traumatismes. De son Japon natal à la scène avant-gardiste new-yorkaise des années 60, sa personnalité provocante et sa vie atypique fascinent. Aujourd’hui âgée de 91 ans, la peintre, sculptrice et performeuse ne cesse d’attiser la curiosité. Elle suscite une admiration sans borne, tant l’ensemble de son œuvre est déjantée, perturbante et singulière.

Premières visions hallucinatoires en plein Japon traditionnel

Une enfance stricte dans une famille conservatrice

Telle une touche d’excentricité au cœur d’un Japon qui sera beaucoup trop coutumier, règlementé et délimité pour elle, Yayoi Kusama naît le 22 mars 1929 à Matsumoto. Sa famille autoritaire et ultra conservatrice l’élève dans la plus grande tradition. L’enfant est d’ailleurs profondément marquée par la place essentielle et omniprésente qu’occupe le mariage dans l’esprit de sa mère et par les adultères de son père. Très tôt, son appétence pour l’esthétisme se manifeste et la fillette commence à faire ses premiers dessins en 1935. Son attrait pour la peinture arrivera seulement quelques années plus tard.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, la jeune femme travaille dans une usine et confectionne des parachutes et des vêtements militaires. Rien ne la prédestine alors à la carrière hors-norme qui sera la sienne. Avec la détermination qui la caractérise tant, elle suivra, par la suite, des études d’arts contre la volonté de ses parents. Cependant, le Japon conservateur de l’époque n’élève que très peu de femmes au rang d’artistes. De ces années, elle gardera de la frustration, une peur extrême du sexe et des relations intimes. Son esprit créatif bridé n’ayant pu s’exprimer librement dans un monde où règne la tradition.

Un délire juvénile obsessionnel

À l’origine des créations de Yayoi Kusama, il y a d’impressionnantes visions enfantines. Alors assise à une table, elle voit les motifs de la nappe revêtir les murs, le plafond puis s’étendre à la pièce entière. Ce genre de perceptions devient dès ce moment-là une véritable hantise pour elle. Les pois et autres motifs apparaissent régulièrement autour d’elle et recouvrent la totalité de l’espace. Souffrant de délires obsessionnels, ses hallucinations visuelles, mais aussi auditives ne cesseront de troubler son quotidien. Ce sont ces souvenirs d’enfance, ces expériences traumatisantes qui deviendront des éléments déterminants de son style esthétique, envahissant et déroutant. La peinture se révèle alors être un moyen de surmonter ses craintes.

Yayoi Kusama, l’artiste avant-gardiste de la démesure

Ses performances : l’effacement de soi, l’accumulation et l’infini

Dans l’espoir de faire décoller sa carrière artistique et soutenue par la peintre Georgia O’Keeffe, Kusama part s’installer aux États-Unis en 1957. Elle fait dès lors partie de la scène avant-gardiste new-yorkaise et devient une figure emblématique des années hippies.

Utilisant ses cicatrices de l’enfance et ses troubles mentaux à des fins productives, cette grande illusionniste met en scène l’irréel dans des créations de grands formats. Telles des portes menant au surnaturel, ses performances font appel aux concepts d’accumulation, de répétition et d’infini. C’est ce qu’elle définit elle-même par l’appellation self-obliteration. Le pois devient alors sa forme de prédilection. Grâce à de nombreux miroirs, les motifs à l’esthétique minimaliste sont démultipliés et tapissent les espaces, le corps humain et les animaux. La performeuse joue avec les couleurs, les lumières, les volumes, les perspectives et se met également elle-même en scène. Dans My Flower Bed (1962), la sculpture est en fait une accumulation de gants. Le spectateur est plongé dans un monde psychédélique et fantasmatique, où il perd ses repères puisque les principes d’espaces et de réalité n’existent plus. Dans ces projections hallucinatoires, Kusama remet en question la place de l’Homme dans l’univers et fait disparaître l’identité et l’unicité des êtres. L’individu ne fait plus qu’un avec l’environnement qui l’entoure.

L’imagination comme thérapie

Se soigner par l’art : c’est de cette manière que la créatrice perçoit son travail qui devient une catharsis, une façon d’affronter ses peurs et d’évacuer ses démons. Créer devient un moyen de se contrôler et de se libérer. Dans Aggregation : one thousand Boats show (1963) elle fait face à sa phobie des relations sexuelles en confectionnant d’innombrables formes phalliques, symboles de masculinité et de fertilité, qu’elle dispose sur une barque. Kusama devient maîtresse de ses craintes.

Personnalité complexe et marquée par de nombreuses contradictions, elle met en avant l’effacement de soi dans ses univers, bien qu’étant justement effrayée par la disparition de l’individualité. Ce besoin d’exprimer ses visions hallucinogènes et de laisser libre cours à son imagination constitue pour elle une véritable thérapie.

L’art du scandale d’une fantaisiste emblématique

Perturber pour dénoncer et revendiquer

Fidèle militante pour la cause féminine et la liberté, Kusama n’aura cessé tout au long de sa carrière de défrayer la chronique. En 1966, elle se rend à la Biennale de Venise, bien que n’étant pas invitée. Elle expose son installation Narcissus Garden composée d’un millier de boules réfléchissantes au pied du Pavillon italien. Elle retournera en Italie, cette fois-ci en étant officiellement conviée en 1993 pour représenter le Japon.

La difficulté d’être une femme dans un monde masculin la suivra toute sa vie. Elle contestera sans cesse le machisme et la position de l’homme dans la société. Fascinée par la rapidité avec laquelle la presse fait circuler des idées et des images, elle n’hésite pas à choquer les esprits. À New York elle organise des happenings où elle fait poser des personnes nues devant le MOMA, la Bourse ou la Statue de la Liberté tout en prenant soin d’inviter les médias. Effet immédiat : la critique est totalement décontenancée ! La provocation ne s’arrête pas là. Le droit des femmes à disposer de leur corps est au cœur des préoccupations de l’audacieuse artiste. Dans Peep Show ou Endless Love Show (1966), elle met en scène un espace clos de forme hexagonale, couvert de miroirs et de dispositifs lumineux dans lequel elle est lascivement allongée.

Une créatrice controversée incontournable

Éprouvée psychologiquement, elle décide de retourner au Japon en 1973 après une forte période de médiatisation. En 1977, elle entre volontairement en hôpital psychiatrique. Elle y est d’ailleurs toujours installée et continue de travailler la journée dans un atelier situé de l’autre côté de la rue. Auteure de nouvelles surréalistes et de poèmes, la créatrice pluridisciplinaire s’est aussi lancée dans la réalisation de documentaires.

Bénéficiant d’une véritable reconnaissance de la scène artistique et d’un engouement universel du public, Yayoi Kusama devient en 2008 l’artiste féminine qui vend le plus de son vivant. Bon nombre de rétrospectives ont eu lieu à travers le monde, attirant des visiteurs charmés par ces réalisations hypnotiques et lumineuses. Depuis 2017 un musée japonais lui est consacré, délivrant le message de paix et d’amour auquel elle est fortement attachée et mettant en lumière l’ensemble de son œuvre. D’autres collections sont exposées dans les plus grands musées du monde comme le Centre Pompidou, le MOMA, mais également dans des collections privées comme la collection Louis Vuitton.

L’iconique Yayoi Kusama, surnommée “princesse des pois” est incontestablement l’artiste avant-gardiste de tous les scandales. Puisée dans ses troubles mentaux, sa créativité est unique, insolite et est à découvrir ou redécouvrir absolument. Amateurs d’œuvres atypiques, laissez-vous séduire par son monde psychédélique et infini. Retrouvez également cet art de la mise en scène et de la métamorphose chez la photographe contemporaine Cindy Sherman.

Léna ElloCelles qui Osent

Sources :

https://blog.artsper.com/fr/la-minute-arty/10-choses-savoir-sur-yayoi-kusama/

http://www.artnet.fr/artistes/yayoi-kusama/biographie

https://www.beauxarts.com/grand-format/yayoi-kusama-en-2-minutes/

https://www.vivrelejapon.com/nouveautes/art-musee-yayoi-kusama

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