Interview de Telka : oser chanter notre époque

L’artiste montpelliéraine et grande voyageuse Telka est auteure, compositrice et interprète. Chanteuse un peu philosophe, Agathe Catel aime raconter la vie, celle de notre époque, pour « chercher un sens aux choses », avec finesse et lucidité. Traductrice de formation, elle manie les subtilités de la langue française, en convoquant des images parlantes, éveillant ainsi les consciences sur des sujets sociétaux qui la touchent. Celles qui Osent revient sur le parcours de celle qui a osé filmer pour son clip son propre corps nu, au sein d’une Ode musicale audacieuse et intimiste. 

Chanter les deuxièmes chances

L’artiste Telka grandit dans les Pyrénées, à la frontière espagnole. De mémoire, elle a toujours chanté, « et cela cassait les pieds de mon grand frère ! » Passionnée par le voyage, ouverte aux autres cultures, elle poursuit des études en traduction. Ainsi, elle parle plusieurs langues, dont l’anglais, l’espagnol, le portugais et l’italien. “Le voyage m’habite.” Passionnée d’arts, elle se professionnalise en photographie, au sein de l’agence Hans Lucas, tout en continuant à chanter et composer.  

Son sens de l’esthétisme transparaît dans son approche plutôt « visuelle » de la musique. Sa voix chaude, claire et puissante nous plonge dans un univers onirique et poétique. Les sonorités diverses inspirées de musiques du monde nous invitent à voyager ou à danser sur des airs de bossa et de balades folk. 

 

Son premier album, Upside, qu’elle qualifie de « brouillon », est sa première production finalisée, dans laquelle elle chante en anglais, « car c’était plus simple d’écrire dans cette langue. Pour des questions de légitimité sans doute, je ressentais le besoin de mettre une distance pudique entre mes mots et ma musique. » Une première proposition qui ne restera pas une tentative avortée, car l’artiste sort en octobre 2020 son deuxième EP baptisé Deuxième Chance, « tout simplement, car c’est le deuxième ! » Enregistrée au sein du studio Kiwi Records, à Grabels, cette production musicale offre un regard lucide et moderne sur le monde.

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Telka : une invitation aux voyages

Sa voix cristalline côtoie des sonorités chaudes et rythmées. 

Ses textes et ses mélodies puisent leurs influences des musiques de ce monde, vaste et coloré. Avec Deuxième Chance, Telka nous propose un voyage moderne entre les continents, « à la découverte des paysages humains ». 

« Là où les mots échouent, la musique parle. » 

Hans Christian Andersen. 

La musique est pour elle un engagement. Elle s’en empare comme un exutoire, afin d’évoquer les sujets qui la touchent. Certains de ses textes questionnent et soulèvent des problématiques sociétales ainsi que féminines. 

Son titre le plus diffusé sur les ondes demeure La solitude des vieux jours, écrit durant le premier confinement. Elle chante « la solitude des têtes argentées. », décrit la situation des personnes âgées et de leurs soignants en EHPAD. « Avant que tout ne cesse ». Telka interroge nos rapports avec nos aînés. « Les larmes séchées n’ont pas empêché mon enfermement, vers le firmament… » D’une justesse poignante, Telka ajoute que dans notre époque actuelle, la vieillesse dérange… « Mes deux grands-mères ont fini leurs jours en EHPAD… » Le clip se compose d’une succession de photos de personnes âgées seules, en établissement ou à domicile. « Ne me laissez pas seul affronter le grand vide noir, celui que je vais laisser. » 

Le titre Les oiseaux de nuit raconte sur une mélodie au piano, les dégâts provoqués par la consommation de drogues chez les jeunes. À titre personnel, l’artiste a perdu une cousine d’une overdose « asservie par la poudre blanche ». « Prends garde, prends garde, ce qui te donne des ailes aujourd’hui te les prendra demain. Les oiseaux de nuit ne redoutent pas la pluie… »  

Telka, qui a vécu au Brésil, chante aussi des musiques plus légères, telle que O caminho, une chanson d’amour sur des airs de bossa et O instante, une invitation à savourer l’instant présent ; « une sorte de carpe diem en chanson que j’interprète en portugais du Brésil ».

Oser filmer son propre corps 

Le 8 mars 2021, le jour de la journée internationale des droits de la femme, Telka sort son clip Ode à nos corps. « J’ai osé me mettre en scène pour parler d’une thématique qui touche toutes les femmes : le rapport à notre corps, les sensations qu’il nous procure, mais aussi son vieillissement. Je me suis rendu compte que je faisais partie d’une génération de femmes complexées et j’ai eu envie d’écrire un poème hommage à mon corps et de le mettre en musique. » 

L’injonction donnée par les magazines, « du pouvoir qui tente de diriger nos existences » lui souffle l’idée d’oser décrire « ce sentiment de ne jamais être assez ». Dans sa baignoire, Telka filme, avec beaucoup de simplicité et de pudeur, en gros plans, les parcelles de son corps : ses pieds, ses seins, ses hanches ou ses grains de beauté. Ses mots racontent le cheminement « des sentiers délicieux », où le plaisir et le bien-être priment sur les complexes. Les femmes les plus inspirantes selon elle sont les premières grandes voyageuses, celles qui ont osé partir loin, dans une époque où les conditions de voyage étaient très compliquées. 

Son souhait ? « Vivre convenablement de ma passion, me consacrer entièrement à l’art ». Espérons que l’avenir permettra aussi à Telka de partager sur scène ses chansons avec son public et pourquoi pas vous, Celles qui Osent. La prochaine date est normalement prévue à Paris au Vent se Lève le 17 avril, avec l’association La lucarne d’Ariane. 

Découvrez son talent sur son site ! Écoutez-la aussi sur les plateformes de streaming 

Violaine B — Celles qui Osent 

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