Passer ses journées à tuer le temps, regarder l’heure tourner, tout cela vous parle ? Dans le monde du travail, l’expression “s’ennuyer à mourir” n’a jamais eu autant de sens.  Alors que le burn-out est officiellement reconnue par l’OMS comme une maladie qui résulte d’un stress chronique, le boreout est encore méconnu en France. Alors, qu’est-ce que le bore-out et surtout, comment en sortir ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble tout de suite.

Qu’est-ce que le boreout ? Définition

Imaginez une journée de travail sans travail. Imaginez devoir “meubler” vos heures parce que vous n’avez rien à faire. Une petite heure d’internet par-ci, une pause café par-là… On pourrait presque penser que c’est un job de rêve. Après tout, il n’y a personne pour vous surveiller, pas de boulot et donc beaucoup de temps libre pour laisser libre court à vos occupations personnelles. Pourtant, être littéralement payé à rien faire n’a rien d’enviable, bien au contraire.

Vous l’avez compris, le bore-out est une expression qui dénonce un ennui profond et quotidien au travail. Pour 90 % des employés, l’ennui est insupportable. C’est du moins ce qu’indique Christian Bourion. Il est l’un des premiers chercheurs français à avoir alerté sur les personnes confrontées à l’ennui au travail. Dans son livre, “Le boreout syndrom”, il met en avant les conséquences désastreuses que peut avoir cette maladie sur la santé.

 

Quels sont les conséquences de l’ennui au travail ?

30 % des travailleurs sont concernés par ce syndrome, tandis que seulement 10 % souffrent du burn-out… C’est dire comme cette maladie est répandue. Le manque de stimulation intellectuelle est un véritable poids pour ceux qui aiment travailler et qui ont besoin d’apprendre. En son absence, l’employé peut rapidement adopter des comportements nocifs pour sa santé mentale et physique : grignotage, pauses “clopes”, dépression, stress, perte de confiance en ses capacités, mauvaise estime de soi, etc. Ne rien avoir à faire est particulièrement dévalorisant lorsque l’on est impliqué dans son travail et en soif de connaissances.

Saviez-vous que le risque d’accident cardiovasculaire est deux à trois plus élevé chez les salariés qui ne sont pas stimulés dans leur environnement de travail ? Ces chiffres sont alarmants. Par ailleurs, le cerveau est un muscle, cela signifie qu’il faut le faire travailler pour qu’il puisse être performant (eh oui). Passer son temps à rien faire peut être une véritable souffrance pour celui qui s’ennuie. Foutu bore-out !

Les raisons qui peuvent conduire un agent à se retrouver dans cette situation sont nombreuses bien sûr. En voici quelques unes :

  1. Niveau d’activité de l’entreprise trop faible (le nombre d’employés est sur-évalué par rapport au besoin réel)
  2. Mauvaise organisation interne qui créé des déséquilibres entre les charges de travail des agents (certains s’ennuient, d’autres ont trop de travail)
  3. Entreprise soumise à une saisonnalité (certains mois de l’année sont creux, d’autres intenses)
  4. Sur-performance de l’agent
  5. Mauvaise anticipation de la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences
  6. Volonté de l’employeur de pousser son collaborateur à partir

Lorsque j’étais consultante, l’une des techniques utilisées pour pousser un agent à démissionner (pour X raison) était de le mettre “au placard”. Comment ? En ne lui donnant tout simplement rien à faire et si possible, en le déplaçant physiquement dans le bureau le plus petit qui soit, pour le pousser à bout.

Je peux vous assurer que les collaborateurs ne tenaient pas longtemps avant de partir et qu’il s’agissait là d’une véritable lutte psychologique. Ce cas de figure est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense. Inutile de vous préciser les conséquences désastreuses que peuvent avoir de telles techniques sur l’humain.

 

L’importance de la prise de conscience

La prise de conscience est absolument indispensable. Cela peut paraître idiot de le rappeler, mais il arrive que l’on subisse une situation pendant tellement d’années, que l’on ne soit même plus en mesure de se rendre compte que l’on souffre. Laissez-moi partager avec vous l’expérience que j’ai eu avec ce fameux bore-out.

Accepter de ne pas être fait pour un système

Lors de mon passage à la banque, je gérais un portefeuille d’environ 800 clients, alors que la plupart des chargés en géraient plutôt 400. On pourrait croire que j’avais de quoi m’occuper, mais la réalité était toute autre. Mes dossiers étaient toujours à jour et je gérais systématiquement les demandes au fur et à mesure. Pourtant, chaque jour, j’avais bien une à deux heures à tuer… et je peux vous dire que les pauses café s’allongeaient systématiquement.

Bien que je pense que mon organisation jouait beaucoup, j’ai néanmoins compris la chose suivante : la banque est une industrie tellement puissante et rentable, qu’elle peut largement se permettre de payer des centaines de collaborateurs à rien faire. J’ai donc compris que ce système n’était pas pour moi. J’ai quitté mon poste après un boreout de 6 mois. Je ne pouvais pas accepter d’être payé à rien faire et de trouver ça normal.

Apprendre à détecter les signes

Après la banque, j’ai intégré un cabinet de conseil en fiscalité dans lequel j’ai passé mes dernières années en tant que salariée. Je ne le savais pas avant de commencer, mais ce job a marqué un véritable tournant dans ma carrière professionnelle.

Cette fois-ci le cas de figure était tout autre. Il y avait (beaucoup) de travail au sein du cabinet, mais la répartition des charges était mauvaise. Alors que ma collègue croulait sous le boulot dans son département, dans le mien, je regardais l’heure défiler. Paradoxal non ? J’ai bien entendu proposé de “bouleverser” un peu l’organisation.

Mauvaise idée ! Ma responsable de l’époque voulait garder la main sur moi et ne l’a pas permis. Les associés n’ayant pas envie de s’en mêler, le constat a été sans appel : j’ai démissionné. J’ai pris mes cliques et mes claques et j’ai dit stop. Après une année de souffrance psychologique à avoir la boule au ventre chaque matin, j’ai tout arrêté. Sans ce bore-out, je ne serais probablement pas en train d’écrire ces lignes.

Si je vous raconte mon expérience, c’est parce qu’il me tient à coeur de vous dire qu’une fois que l’on a conscience de faire un boreout, il est tout à fait possible d’en sortir.

Comment sortir du bore-out ?

Quitter son emploi

Si vous êtes comme moi et que vous aimez les challenges dans votre vie professionnelle, la démission est la solution la plus simple. La fameuse génération Y n’a aucun souci à butiner de fleur en fleur, ou plutôt d’entreprise en entreprise. Inutile de continuer à vous prendre la tête dans un job qui ne vous permet pas de vous épanouir.

Si vous êtes plutôt de la génération X et que vous avez un sentiment de loyauté et de fidélité vis-à-vis de votre employeur, cette décision peut-être difficile. Non seulement vous êtes attaché à votre boîte, mais vous y avez aussi toutes vos habitudes. Sans compter que vous n’aimez pas le changement… Cette situation est beaucoup plus délicate et le processus peut prendre du temps. Pourtant, à moins que les choses changent, rester vous rendra beaucoup plus malheureux que de partir. À long terme, cela peut coûter cher à votre santé mentale et à votre bien-être.

L’âge est également un facteur déterminant. On ne retrouve pas aussi facilement du travail à 50 ans qu’à 30. C’est la triste réalité… Cela ne veut pas pour autant dire que tout est perdu et qu’il faut vous résigner. Il y a d’autres solutions.

Solliciter les ressources humaines

Peu importe la taille de l’entreprise dans laquelle vous travaillez, il y a forcément un référent vers lequel vous pouvez vous tourner. Ce peut être un DRH, ou simplement l’un des gérants ou associés. La première étape est évidemment d’en parler. Expliquez votre situation et indiquez votre volonté de contribuer à la réussite de votre entreprise.

Je préfère néanmoins vous prévenir, même si l’argument est excellent et plein de bon sens, la réponse en face ne sera pas forcément positive. Si rien ne bouge, vous aurez le mérite d’avoir essayé et la suite sera beaucoup plus facile pour vous. C’est un peu comme si vous aviez préparé le terrain. C’est ce qui m’est arrivé et cela a grandement facilité mon départ.

Donner un nouvel élan à sa carrière professionnelle

Je crois profondément à l’idée d’avoir de multiples carrières. Je trouve la vie bien trop courte pour se cantonner à “une” activité. Il y a 7 ans, j’étais consultante, il y a un 2 ans, chargé d’étude et en mars 2018, j’entamais ma carrière de freelance. Je suis aujourd’hui spécialisée dans le référencement naturel, mais je n’exclue pas d’explorer d’autres univers : la photographie culinaire, l’architecture d’intérieure, ou encore la cuisine. Je l’ai fait, alors pourquoi pas vous ?

Nous avons la chance et le privilège de vivre à une époque où l’information est facilement accessible, grâce à internet. On peut littéralement se former sur à peu près tous les sujets, pourvu d’avoir une passion. Cela demande une certaine dose de courage de tout quitter, on est d’accord, mais un boreout est justement l’opportunité idéale pour reprendre la réflexion à zéro. Faites le bilan !

Est-ce que vous êtes vraiment épanoui dans ce que vous faites ? Avez-vous envie de vous lever le matin ? Est-ce que votre activité vous apporte de la satisfaction ? Un sentiment de fierté ? Si ce n’est pas le cas, alors vous devriez probablement faire quelques changements et changer de vie.

 

Vous savez à présent tout (ou presque) du bore-out. Vous êtes dans cette situation et vous cherchez une solution ? Tout d’abord, courage et accrochez-vous. Avoir conscience de la situation est la première étape vers la suite. Et si vous ne savez pas par où commencer, voici 12 idées intéressantes pour travailler de chez soi 😉

Marie

 

5 thoughts on “Qu’est que le Bore-out et Comment en Sortir ?”

  1. Merci pour l’article ! je suis en plein dedans … en mode faire un passage en parallèle dans la jungle de l’entreprenariat !
    L’idée d’un congé sabbatique aussi. L’avantage en France c’est qu’il y a le chomage si l’on quitte son boulo, pas en Calédonie (il me semble) …

    1. Bonjour Sylvain, c’est vrai que le congé sabbatique est une option intéressante. Elle existe bien en Nouvelle-Calédonie. Par contre il me semble qu’il y a un minimum de règles, notamment être dans l’entreprise depuis plus de deux ans il me semble ? À vérifier.
      Courage en tout cas 🙂

  2. Cela fait eu bien de lire cet article. Je vis cette situation depuis 3 ans, et je ne sais pas comment j’en suis arrivée là! D’abord une rupture très difficile avec mon ex partenaire, j’ai perdu beaucoup de choses mais surtout je me suis retrouvée sans logement et en arrêt de travail. J’avais tellement perdu confiance en moi que je suis retournée à mon job bien qu’il n’y avait presque rien à faire, mais j’avais bien trop peu d’énergie pour quitter cet emploi et faire autre chose à ce moment là, loin également de toute famille. Seulement au canada si on quitte son emploi il n’y a aucune compensation ni chômage. La compagnie est en difficulté financière depuis un moment et ils ont enfin décidé de licencier…presque la moitié de l’entreprise….mais pas moi, car je travaille apparemment trop bien! Je me lève uniquement pour une paie ( qui au moins est assez bonne) mais j’ai l’impression d’avoir perdu 3 ans de ma vie. Tout ça parce que je ne sais pas par où commencer pour sortir de ce piège malsain!
    Définitivement ce que je sais c’est que je ne suis pas faite pour le salariat!

    1. Bonjour Samantha,
      je suis heureuse que cet article t’ait fait du bien.
      Je comprends parfaitement ta situation. J’ai intégré la banque parce que la société dans laquelle je travaillais auparavant rencontrait des difficultés économiques et que j’avais peur de perdre mon emploi. J’ai fait le choix de la sécurité en sachant que mon nouveau poste ne serait pas à la hauteur.
      Il n’est jamais trop tard pour changer de vie, il faut le préparer, doucement, mais surtout ne pas se laisser aller dans la facilité. Plus on reste, plus c’est dur de partir.
      Courage 🙂

  3. mais il y a des employeurs agissant exprès pour obtenir une démission en sous-chargeant une personne abusivement, quantitativement ou qualitativement : il s’agit d’une manœuvre assimilée à un harcèlement moral et peut être poursuivie comme telle : voir La prévention du harcèlement moral au travail : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=163&dossid=403

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