Marthe Richard, la femme aux 1001 visages

Marthe Richard est une femme française née le 15 avril 1889 à Blâmont en Meurthe-et-Moselle. Essentiellement connue pour la loi du même nom sur la fermeture des maisons closes : la «loi Marthe Richard», elle aura vécu une vie riche en expériences : fille de joie, espionne, politicienne en passant par aviatrice, cette femme au tempérament de feu a bousculé les mœurs de son époque. Retour sur une existence remplie d’aventures d’une pionnière qui se laisse guider par ses rêves et devient une véritable icône.

De couturière à prostituée

À 16 ans, Marthe commence son premier emploi en tant que couturière. Très vite, elle s’aperçoit que ce métier ne lui convient pas et décide de fuir son village natal. Elle fuit vers Nancy et rencontre un jeune Italien dont elle tombe amoureuse. D’abord, il lui explique être sculpteur, mais se révèle être proxénète. Celui-ci lui demande de travailler pour lui et de devenir prostituée. Ses journées sont donc rythmées par les 50 «passes» quotidiennes qu’elle doit accomplir dans la maison close de bas étage où elle exerce : le «bordel à soldat». Alors qu’elle y contracte la syphilis, elle est renvoyée suite à la dénonciation de l’un des militaires contaminés par cette dernière.

La Blamontaise quitte Nancy pour Paris, où elle est engagée dans une maison close de haut standing, appelé «établissement de bains». C’est au cours de cette activité, en 1907, que la jeune femme rencontre son futur mari : Henri Richer, un riche industriel qu’elle épouse le 13 avril 1915. Son existence se voit profondément bouleversée. Elle découvre le monde de la bourgeoisie. Afin de commencer une nouvelle vie, elle cherche à faire supprimer son nom des listes officielles de prostituées. Cependant, un refus catégorique lui est adressé et ce dernier reste marqué dans le répertoire. Entre-temps, Henri, grand amateur d’avions en tout genre, lui révèle sa passion : l’aviation.

D’aviatrice à espionne

Marthe Richard est fascinée et entreprend de devenir aviatrice. Elle est la 6e femme française à obtenir le brevet de pilote, le 23 juin 1913. C’est ainsi que son premier surnom voit le jour : «l’alouette». En effet, la pilote participe à de nombreux meetings d’aviation comme celui de Paris. Les journalistes commencent à parler d’elle, la trouvant trop fluette pour cette activité. Elle tente, suite à la disparition de son mari durant la guerre 14/18, d’intégrer l’armée en tant que pilote. Cependant, la gent féminine n’étant pas acceptée dans ce secteur de métier à cette époque, elle voit sa candidature refusée.

La démarche de Marthe n’est pas passée inaperçue, car un aviateur la remarque et lui propose d’entrer dans les services secrets français. Sa mission ? espionner le camp allemand et rapporter toutes informations susceptibles d’aider les résistants. Son référent haut gradé, le capitaine Georges Ladoux, lui confie de nombreuses missions entre 1916 et 1918. Notamment une à Madrid, où elle rencontre la célèbre Mata Hari. Appelée à ce moment «la veuve de guerre», Marthe séduit l’attaché naval allemand. Son charme opère à merveille, car elle obtient des renseignements sur les déplacements des sous-marins ennemis. Ses actions sont rapportées par son supérieur de manière très romancée. C’est ainsi que la légende Marthe Richard est née.

La politicienne à l’origine de la loi « Marthe Richard »

Les années passent, puis un jour son identité secrète d’espionne est dévoilée. Cette découverte fait d’elle une figure publique en France. À la suite de cette dénonciation, elle quitte les renseignements et à 56 ans devient politicienne. Elle est tout d’abord conseillère municipale à Paris. Puis, elle reprend son combat contre le monde de la prostitution. Le 13 décembre 1945, cette dernière dépose un projet de texte «la loi Marthe Richard», incitant à la fermeture des maisons closes. Il est voté le 20 décembre 1945 et est mis en application le 13 avril 1946.

Ce sont près de 1 400 établissements qui ferment leurs portes, dont 195 à Paris. Elle devient célèbre et on lui attribue le surnom humoristique de «veuve qui clôt», en référence au champagne français «veuve clicquot». La loi fait polémique et la politicienne se voit d’abord dénigrée par les médias pour se faire ensuite critiquer par les responsables des maisons closes. Ils avancent que la politicienne n’a pas conscience du tort qu’elle cause au monde de la prostitution. Elle prive une grande majorité des filles de leur revenu et d’une certaine sécurité.

Les nombreux livres et films tirés de la vie de l’aventurière

Marthe Richard a rédigé son premier livre en 1935 : «Ma vie d’espionne au service de la France». Cependant, de multiples incohérences font douter les experts des milieux littéraire et médiatique, qui ne lui accordent aucun crédit. Celui-ci est suivi de près par le film : «Marthe Richard» en 1937. Par la suite, de nombreuses œuvres sur sa carrière essaient de relater du mieux qu’elles le peuvent, l’existence de la femme aux 1001 visages. Entre affabulations, extrapolations, et oublis de la principale intéressée, les auteurs se voient dans l’incapacité de vérifier la véracité des faits. C’est ainsi que les Français découvrent de nouveaux ouvrages comme :

    • « Marthe ou les beaux mensonges », 
    • « Marthe Richard, l’aventurière des maisons closes » 2006,
    • « Marthe Richard, de la petite à la grande vertu » 2011, etc.

L’aventurière aura donc été couturière, prostituée, aviatrice, espionne, résistante et politicienne. Elle s’éteindra à l’âge de 92 ans, le 09 février 1982 à Paris. De sa folle épopée, le public retiendra essentiellement la loi Marthe Richard, sur la clôture des maisons closes. Selon les dires de nombreux écrivains, journalistes, etc., il est difficile de retracer avec exactitude l’existence de Marthe Richard. En effet, elle aura, d’après la rumeur, essayé de passer sous silence, ou modifier, des pans entiers de sa vie. L’aventurière souhaitait les oublier en arrangeant, extrapolant certains faits selon son envie, désirant devenir une légende. Mais, aussi manipulée, cela aura été sa manière de se préserver. En 1973, elle donnera une interview au média INA dans laquelle elle prône la réouverture des maisons closes. Ses arguments ? un suivi médicalisé des filles de joie, et la sécurité pour ces dernières parfois victimes de maltraitances. Finalement, celle qui aura eu le mot de la fin est Marthe Richard. La seule et unique détentrice de la vérité sur sa vie.

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Rachel Caron, pour Celles qui Osent.

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