C’est avec beaucoup de plaisir et de douceur, que je partage avec vous aujourd’hui l’interview de Claudia Martin, du blog Yoga Passion (également disponible au format podcast ;-)). Claudia travaillait dans l’événementiel à Paris, avant de décider de changer de vie pour se consacrer à sa passion, le Yoga. Durant ce moment d’échange, nous avons parlé yoga et blogging bien sûr, mais aussi du job idéal, d’accomplissement ou encore de la pression sociale. Je vous laisse découvrir son parcours et j’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir son parcours que moi. 

Marie : Bonjour Claudia, je te remercie grandement d’avoir accepté mon invitation. Est-ce que tu pourrais commencer par te présenter pour nos lectrices ?

Claudia : Salut Marie, bonjour à toutes les lectrices qui écoutent aujourd’hui. Je m’appelle Claudia, je suis prof de yoga depuis 2014 à temps plein, donc ça fait quelques années.

Avant ça, j’étais attachée culturelle, donc j’étais dans tout ce qui était communication, organisation d’événements, etc. C’était une première étape de ma vie avant la reconversion.

Et depuis 2014, je donne des cours de yoga, je suis aussi blogueuse avec un blog qui s’appelle yogapassion.fr. J’ai écrit un livre sur le yoga pour les enfants, et par ailleurs je forme des profs de yoga.

Quand je ne suis pas sur un tapis de yoga, ce qui peut arriver, j’adore tout ce qui est langues étrangères, littérature… J’adore le thé aussi, c’est une passion depuis quelques années.

Voilà, après c’est toujours dur de se présenter en quelques mots, mais ça donne déjà un petit aperçu.

 

C’est déjà une belle présentation, il y a des choses très intéressantes dans ton parcours.

Alors, tu as eu une première vie professionnelle, je l’avais lu un petit peu sur ton blog il y a un an, un an et demi, et du coup forcément ma première question, c’est quand et pourquoi as-tu décidé de créer ton blog Yoga Passion ?

Alors effectivement j’ai travaillé pendant 2 ans dans le milieu culturel, c’était super intéressant, j’ai appris plein de choses. Mais je me suis rendu compte assez vite que d’être salariée, de travailler dans un bureau, ça ne me correspondait pas. Je n’étais pas vraiment à ma place…

Il y avait un décalage tout le temps, et quand je m’en suis vraiment aperçue, j’ai décidé d’évoluer. Je pratiquais déjà le yoga quelques années avant, alors un peu en pointillé parce que j’avais beaucoup de boulot avec des horaires décalés, le week-end on avait des événements, etc. Donc c’était pas évident d’aller à mon cours de yoga le soir ou le week-end.

Mais en tout cas, j’étais vraiment passionnée par tout ce qui était autour du yoga et j’ai fait une reconversion. Donc au moment de renouveler mon contrat tous les ans j’ai dit “là non, j’arrête”. Au bout de 2 ans, je me suis dit “il faut passer à autre chose”, mais je ne savais pas forcément à quoi.
Et j’ai fait un bilan de compétences, j’ai entamé ma reconversion et je me suis dit : allons-y à fond, maintenant j’ai du temps à nouveau, donc je vais partir en Inde.

Et je suis partie 1 mois en Inde pour suivre ma toute première formation de prof de yoga.

Et dès que je suis rentrée d’Inde, j’ai commencé à créer le blog parce que je me suis dit que ce serait super, que j’apprendrai plein de trucs avec le blog, et que je pourrai rencontrer des gens.

Donc voilà j’ai tout de suite eu envie de faire cette aventure-là.

Mais du coup, est-ce que tu suivais déjà des blogs de yoga – ou d’autres blogs d’ailleurs – de manière générale ? Parce que quand on est pas forcément dans ce milieu, c’est pas toujours une évidence de se dire “tiens, je vais créer un blog”…

Je suivais pas mal de blogs de yoga, je regardais aussi des forums un petit peu au début. Maintenant les forums c’est un peu tombé en désuétude.

Et je lisais pas mal de sites de yoga, soit francophones, soit anglophones, entre autres.

C’est un milieu qui est très inconnu au début parce que c’est un peu geek aussi donc si on ne l’est pas forcément, il y a plein de choses à apprendre.
Mais j’ai vraiment cette idée de partage et en fait je l’ai vu mon blog comme : je viens de me former comme prof donc je suis encore toute novice, et on va aussi apprendre ensemble et on va vraiment partager sur tous les sujets autour du yoga.

Donc il y avait pas cette posture d’experte au début. C’est vraiment dans une optique de partage que j’ai commencé.

D’accord. Et forcément je m’interroge parce qu’en tant que rédactrice web SEO, j’ai un oeil un peu aiguisé sur la question du référencement, et j’ai remarqué que ton blog est très bien référencé. Donc est-ce que tu t’es fait aider pour ça ? Est-ce que tu avais déjà des compétences en SEO, ou en référencement naturel, ou sur la création d’un blog par exemple, pour réussir à être aussi bien référencée aujourd’hui ?

À l’époque, j’avais vraiment des compétences en écriture d’articles, tout ce qui était rédactionnel… Dans mon ancien boulot, j’écrivais pour les élus, j’étais déjà beaucoup dans tout ça. J’ai fait des études de littérature, etc., mais toute la partie technique SEO effectivement je ne connaissais pas du tout.

Après la vie est faite de plein de hasards et de rencontres et mon compagnon de l’époque était un des grands webmarketeurs français, donc c’est lui aussi qui m’a beaucoup encouragée, donné des conseils. Je peux même dire qu’il m’a formé clairement à ça. Il m’avait dit en gros qu’il y aurait 3 ingrédients : travail, auto-formation et patience. Parce que le référencement, ça prend du temps aussi.

Au début, il y a que ta Maman qui te lit, et encore enfin voilà c’est normal…

 

Oui, c’est tout à fait ça, c’est à peine exagéré !

Voilà, pour commencer… Et puis c’est bien d’un côté parce qu’il y a pas trop de pression au début, donc ça permet de peaufiner un petit peu et d’apprendre au fur et à mesure des choses.

 

D’accord. Donc tu as commencé  à rédiger tes articles ; tu as mis combien de temps à peu près pour commencer à avoir un trafic sympa, des commentaires et de voir que la mayonnaise prenait ?

Je m’étais fixé une deadline un petit peu, en tout cas un truc à respecter de 1 article par semaine. Donc au début, je n’écrivais qu’un article. J’écrivais un article hebdo et ça a pris à peu près 6 mois pour commencer effectivement à voir des commentaires, des gens qui s’abonnaient à la newsletter, etc. Mais au début, c’est très modeste…

 

Oui, c’est vrai, je pense que c’est quelque chose que beaucoup de personnes n’ont pas forcément en tête : le référencement, ça prend du temps. Au début, on a souvent l’impression d’écrire un petit peu dans le vide, dans le vent…

Ça peut avoir un côté très frustrant parce que, forcément, quand on écrit on a envie d’être lue. Et quand les mois passent ou les semaines et qu’il y a pas de trafic ça peut en décourager certaines. Et c’est vraiment intéressant de repointer sur cette partie-là, ça prend du temps. Et 6 mois, effectivement je ne suis pas étonnée du délai que tu me donnes parce que c’est ça.

Tu guettes et quand tu as ton premier commentaire… Victoire !

C’est vrai que tu es encouragée après par les premiers retours de gens qui te disent “j’ai lu tous tes articles, c’est génial”, qui t’encouragent…

C’est vrai que c’est assez sympa dans le milieu du blogging aussi donc la traversée du désert, un peu bouteille à la mer au début où tu écris toute seule, elle passe au bout de quelques mois effectivement. Il faut s’accrocher un petit peu, c’est vraiment important.

 

À quel moment tu as passé la transition entre le partage de tes articles et le côté vraiment monétisation ? Puisque aujourd’hui tu proposes des cours en ligne et même des formations (je crois que c’est les 2) pour le yoga ?

C’est ça. Alors j’avais fait un e-book de gestion du stress au début parce que je me rendais compte que c’était un sujet qui revenait très régulièrement.

Puis en fait c’est vrai que j’ai donné des cours aussi concomitamment au lancement de mon blog, donc j’avais un groupe d’élèves que je voyais, je voyais que le stress c’était quand même un des sujets majeurs. Donc j’avais écrit cet e-book gratuit que les gens recevaient en s’inscrivant à la newsletter. Ce qui s’est passé, c’est que j’ai eu des gens qui habitaient à d’autres endroits, puisque moi j’étais à Paris à l’époque, et qui me disaient : moi je suis à Montpellier alors c’est dommage je peux pas aller à tes cours, moi je suis à Nice, Toulouse, moi je suis…

Et puis après c’était plus : moi je suis en Afrique, moi je suis au Canada… Alors c’est encore plus compliqué ! Du coup il y a eu des demandes comme ça…

Il y a une élève qui était à Kaboul aussi et je lui tournais des vidéos de yoga pour elle parce qu’elle bossait dans une ONG,  c’est très dangereux là-bas donc il n’y avait pas de studio de yoga.

L’idée est venue au bout d’un moment de me dire : là je fais un petit peu des trucs comme ça par-ci par-là mais ce serait bien de systématiser, d’organiser un peu le truc et d’avoir au moins un e-book, une formation vidéo, et puis de voir en fait.

Donc pareil au début du tournage on commence à tâtons, on ne sait pas trop comment ça va se passer…

J’ai structuré et puis j’ai lancé, là j’étoffe au fur et à mesure.

J’ai 2 cibles : j’ai à la fois les pratiquants de yoga et les profs et les futurs profs. Donc c’est vrai que j’ai à adapter en fonction de ceux qui pratiquent et ceux qui ont envie d’en faire une compétence professionnelle, voire même de se lancer à 100 % dans le yoga.

 

D’accord. Aujourd’hui, tu es toujours professeur de yoga, mais quelle est la part que représente ton blog, et le chiffre d’affaires que tu génères par rapport à ton blog, par rapport à ton activité en tant que professeur de yoga ?

La majeure partie de mes revenus, c’est vraiment les cours de yoga, les stages, les formations. C’est vraiment presque 80 % de ce que je gagne.

Le blog, ça fait un revenu complémentaire, mais je pense qu’il n’y a pas seulement ça.

Il n’y a pas seulement “j’ai vendu un e-book » ou « j’ai vendu une formation”.

Il y a aussi le fait que les gens lisent le blog et aussi que parfois, quand ils se sentent en connexion avec ce que je partage, qu’ils sentent qu’il peut y avoir un bon fit de personnalités, ça leur donne envie de venir à mes cours aussi.

Donc en fait je peux pas mesurer entièrement tout ce que le blog apporte et je pense que c’est beaucoup plus que les chiffres qui peuvent découler de la vente de produits.

 

Tu n’as jamais envisagé de te lancer dans le blogging à 100 % ?

Pour toi c’est important, j’imagine, le contact client ?

Le yoga, c’est quand même une activité où le contact est le support que tu peux apporter à tes élèves, pendant les postures par exemple.

En fait il y a vraiment cette rencontre, d’être avec la personne ou les personnes.

Je ne me verrais pas être toute la journée sur mon ordi…

Par exemple, j’ai des cours ce soir comme je te disais et j’ai super hâte de retrouver les élèves, parce que j’ai besoin aussi de cette partie vraiment en face à face, en réel.

Le blog, je le vois comme une partie de l’activité, mais l’idée ce ne serait pas de faire que ça.

Il y a beaucoup de profs de yoga par exemple très connus, à des niveaux beaucoup plus élevés que moi ou beaucoup plus âgés, et eux des fois ils ne font que des retraites, ou 1 ou 2 formations par an.

Je ne sais pas, ça changera peut-être mais là je n’en ai pas envie. J’ai vraiment envie de suivre un groupe chaque semaine, de les accompagner et moi c’est ça qui fait battre mon coeur et qui me parle en fait.

Donc pour l’instant, je continue en tout cas à garder ce socle, et comme ça autour en électron à développer le blog.

 

D’accord. Du coup aujourd’hui à quoi ressemble une journée dans ta peau ? Comment tu organises tes journées, comment tu organises ton temps entre ton activité de professeur de yoga, les formations (et tout ce qu’il y a avec) et ton blog ?

Alors, c’est vrai qu’il y a plusieurs éléments différents.

Déjà mon conjoint a une fille donc on a aussi une vie de famille avec l’école, tout ce qui gravite autour, les activités, etc. Ça demande beaucoup d’énergie en tout cas.

Moi je suis une sorte de mélange entre une créativité un peu fofolle des fois, j’ai beaucoup d’idées, ça fuse de partout, et en même temps une structure très carrée donc j’ai un petit peu les 2 facettes.

Sachant que j’aime bien me faire des journées à thème. Si par exemple une journée c’est juste écrire des articles, une journée si j’ai un livre en cours par exemple, c’est écrire le livre, une journée c’est préparer mes cours… J’imagine vraiment que je mets mes casquettes : une journée ça peut être tout ce qui est administratif et juridique. J’essaye de faire vraiment des gros blocs de travail.

J’ai remarqué que ça marche pas pour moi de travailler 20 minutes sur un truc, puis de switcher. J’ai vraiment besoin d’être bien concentrée donc j’essaye de faire ça au maximum.

Les journées ne se ressemblent pas forcément mais il y a quand même ces grands thèmes qui reviennent dans les différentes semaines. En général, je travaille plutôt le soir, parfois les formations ça va être sur des week-ends donc c’est vrai que c’est assez variable.

Et en termes d’heures de travail, je pense que je travaille plus que dans mon ancien métier.

C’est rigolo parce que tu as l’impression qu’un prof de yoga il n’a que quelques heures de cours par semaine… Il y a beaucoup de préparation, il y a beaucoup de pratique perso aussi, il y a le blog comme tu disais, donc il y a beaucoup de choses.

 

Oui. Et puis c’est vrai qu’à partir du moment où on est son “propre patron”, les horaires n’ont plus vraiment de sens, et encore plus quand on fait quelque chose qui nous plait.

Ça peut être un piège aussi d’ailleurs. C’est important de se prendre des moments vraiment off aussi, savoir se déconnecter et avoir autre chose dans la vie qui nous anime.

 

Oui, c’est pas toujours évident de lâcher un petit peu le bébé comme on dit.

Exactement.

 

Qu’est-ce qui te plaît le plus aujourd’hui ? Depuis que tu as quitté ton poste de salariée et que tu fais maintenant ce que tu aimes ?

Ce que j’aime vraiment c’est sentir la différence dans la vie des gens. C’est quand des gens à un cours de yoga ou alors qui suivent des programmes en ligne me disent “j’ai plus mal au dos donc quand je me réveille le matin je me sens bien et ça m’a redonné de l’énergie”, je me dis que là j’ai vraiment aidé quelqu’un en fait, concrètement.

Par rapport à mon ancien boulot de bureau, j’avais pas cette sensation vraiment d’être utile, j’avais l’impression d’être un petit peu un pion sur un échiquier ou chacun faisait des choses et voilà. Mais là concrètement il se passe des choses, il y a des élèves qui par exemple réussissent des concours, ils disent que le yoga les a vachement aidés dans la gestion de leur stress, etc.

C’est vraiment tout ça, toutes ces petites différences-là. Des élèves qui n’arrivaient pas à tomber enceintes (il n’y a pas que le yoga évidemment), mais en tout cas ça les a aidées à lâcher prise.

Donc moi c’est tout ça en fait qui me donne de l’énergie et qui me donne envie de continuer ce que je fais. Après, à titre plus personnel, c’est vraiment cette liberté aussi d’organiser quand même mes journées de façon plus cool qu’avant. Là tu vois je suis sur le petit balcon de notre appartement. J’adore travailler avec vue sur les arbres, pouvoir aller travailler dans un café quand j’en ai envie etc.

Voila ça j’apprécie vraiment énormément, ça me plaît beaucoup.

 

Oui, ça offre une grande liberté effectivement.

Tout à fait, ouais.

C’est quoi pour toi la définition du job idéal ?

Le job idéal… En même temps je pense qu’en ce moment il y a beaucoup de pression sur les gens : il faut aimer ce qu’on fait, il faut être absolument heureux…

 

C’est vrai que c’est dans l’air du temps.

C’est ça. Du coup ça met une pression je trouve, alors qu’au début on va pas forcément « kiffer » parce que c’est dur. Donc ça, par contre, je le dirais vraiment.C’est normal qu’au début on tâtonne et qu’on ne soit pas sûre de soi, etc.

Le job idéal, je pense que c’est un peu l’ikigai japonais, dont on parle beaucoup en ce moment. S’il y a des lectrices qui ne connaissent pas trop, c’est une sorte de rosace et c’est ce qui est au milieu de plusieurs sphères :

  • il y a ce que vous aimez ;
  • ce pourquoi vous êtes douée ;
  • ce dont le monde a besoin ;
  • et ce pourquoi vous êtes payée.

Donc il y a en fait tous ces aspects-là. Et je trouve que c’est vraiment ça, il faut qu’il y ait les 4. Et le job idéal pour moi, c’est quand je vois pas vraiment le temps passer et que je me dis que je me sens à ma place.

Je sais pas si tu as vu le film Un jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell ? C’est un vieux film…

 

Non, ça me parle pas…

Le gars est piégé dans une sorte de vortex temporel, et il revit la même journée tous les jours donc comme c’est une journée où il y a Andie MacDowell, il en profite pour essayer de la séduire et du coup il revit toujours la même journée ! En plus il est paumé dans un pays super froid… Enfin c’est pas terrible les conditions.

Je me disais que si j’étais piégée dans le jour sans fin de ma vie en ce moment, ça me plairait en fait.

Je chercherais pas à m’échapper ou à faire autrement parce que j’ai les ingrédients qui me plaisent.
Après c’est la vie, il y a des hauts et des bas, il y a des moments où on se remet en question et tout, mais globalement c’est bien et  je pense que je suis sur un chemin qui actuellement est chouette.

Parfait ! Alors justement, quand on parle de toute cette pression…

Pendant longtemps on nous dit qu’il faut un petit peu s’enfermer dans un moule et c’est vrai que depuis quelques années (c’est assez jeune je trouve), on encourage de plus en plus les gens à se lancer dans quelque chose qui leur plaît.

Et pour autant, il y a de nombreuses personnes pour qui – je prends l’exemple de l’entrepreneuriat – ça fait peur. L’idée de se dire : ok je lâche tout et j’essaye de faire quelque chose par moi-même. Forcément, ça génère de la peur. Est-ce que toi tu te retrouves dans cette réflexion, si tu fais un retour quelques années en arrière ? Quand tu étais dans cette position justement.

Je pense que quand on est salariée on est, comme tu dis, dans un certain moule et on ne s’autorise pas forcément à penser autrement et à ce qu’on serait capable de faire par soi-même.

Moi ça m’a beaucoup intimidée le moment où, comme je te disais, je n’ai pas renouvelé mon contrat de salariée.

Tu as un grand vide en fait, c’est vertigineux, tu as l’impression d’être au bord d’un gouffre et de te dire : je saute ou pas ? Qu’est-ce qu’il y a derrière ?

On ne sait pas, il y a toute une part d’inconnu.

Et en même temps, si on est dans un job où on se sent plus pleinement à l’aise, d’y aller avec la boule au ventre… C’est vrai que moi ça me faisait ça à la fin. On a pas envie de vivre sa vie en sursis, à attendre la pause déjeuner pour avoir une heure de libre, le soir pour pouvoir se reposer, les vacances, la retraite, la mort, non !

Oui, c’est ça.

C’est vertigineux de se lancer dans l’entreprenariat et je trouve que le plus dur c’est la solitude, et parfois une forme d’isolement. J’ai connu ça un petit peu au début et du coup j’ai créé un groupe Facebook de profs de yoga pour qu’on puisse justement s’entraider, échanger entre nous, etc. Parce que quand tu es toute seule la plupart du temps, la majeure partie de la journée, des fois c’est dur. Mais d’un autre côté, quand tu as peur c’est bon signe aussi des fois, parce que c’est un signe de changement et que quelque chose de puissant est en train de se passer. 

Tout à fait !

J’aime pas beaucoup le proverbe “sors de ta zone de confort” parce que je trouve que c’est bien d’être cosy aussi. Plutôt une zone d’exploration, une zone où c’est vaste en fait, où il y a des possibilités. Ça je trouve que c’est vraiment parlant et j’espère que les femmes (surtout les femmes, et puis les hommes aussi super) vont continuer à faire ça dans les années à venir et notamment avec des initiatives comme ton blog Celles Qui Osent et tout ce qui se passe autour de l’entrepreneuriat en ce moment.

C’est vrai que l’inconnu, c’est quelque chose qui peut être à la fois paralysant et en même temps très excitant, parce que ça veut dire qu’il y a quelque chose qui est en cours comme tu l’as dit. Et ça c’est quand même super, contrairement à un emploi où on est dans une sorte de routine.
Je me retrouve beaucoup quand tu dis qu’on attend la pause déjeuner, puis on attend le soir que la journée soit finie et ensuite le week-end, puis les prochaines vacances…

En fait, tu finis par subir littéralement tes journées et finalement ta vie.

Je trouve qu’on passe tellement d’heures au travail dans un cycle normal que c’est juste terrible, et qu’il faut justement essayer d’aller au-delà de ça, de surmonter cette peur qui ne doit pas nous empêcher d’essayer en tout cas.

C’est vrai que du coup quand tu subis tu n’es pas du tout dans l’instant présent : tu penses à d’autres choses, tu idéalises le futur, etc. Et quand tu es salariée, c’est vrai que  tu as beaucoup de deadlines, il faut faire ça…

Quand tu es à ton compte, des fois tu te dis “ah mais il n’y a personne pour me dire ce que je dois faire !”. C’est à la fois magique et ça peut être un peu flippant.

En même temps tu peux tout faire, le champ des possibilités est immense ! Tu peux contacter qui tu veux, tu peux bosser avec les gens avec qui tu te sens bien… C’est un espace de puissance et de liberté qui est énorme.

Oui, tout à fait.

Il y a encore 25 % à peu près d’écarts salariaux entre hommes et femmes dans les entreprises, mais dans l’entrepreneuriat il n’y a pas de discrimination.

Tu veux gagner plus, tu travailles plus pour le coup. Oui, ça c’est très vrai. Est-ce que aujourd’hui avec le recul il y a des choses que tu ferais différemment dans ton parcours ?

C’est vrai que j’adore cette question, mais en même temps je me dis que si tu fais une chose différemment ça a un effet papillon, ça va changer tout le reste…

Oui, moi aussi je suis comme ça.

Du coup, ce n’est pas évident. Après, bien sûr, je me dis que rétrospectivement ce serait bien d’avoir plus confiance au début, de me dire que ça peut marcher, peut-être d’avoir un peu moins de doutes au début. 

Ce que j’ai remarqué c’est qu’avec les gens qui sont déjà en activité, tu vas avoir 2 sons de cloches :

  • tu vas avoir les gens qui vont méga t’encourager, qui vont te soutenir, tu vas développer des amitiés, c’est génial ;
  • et tu vas avoir d’autres gens qui sont un peu… J’en ai eu quelques-uns qui m’ont envoyé des messages, on se connaissait pas, qui étaient assez sévères. Tu sens qu’ils protègent un peu leur petit pré carré donc je dirais de moins se laisser déstabiliser.

C’est rare mais j’ai reçu 2-3 messages comme ça de gens qui étaient assez agressifs, je pense même avec des difficultés… Ça fait miroir après.

Donc de plus me protéger de ces influences-là, quand la critique n’est pas constructive et qu’elle n’est pas bienveillante, simplement de l’ignorer, de rester alignée.

 

Je sais qu’il y a toujours des personnes qui sont là pour critiquer, mais c’est étonnant quand même, parce que toi tu es dans une thématique qui est justement très zen. Avec le yoga, on est vraiment dans l’acceptation de soi, dans la tolérance, dans le partage… On n’est pas du tout dans le jugement ou dans tout ce qui peut être négatif pour le coup, mais il y a quand même eu des personnes qui ont réussi à aller complètement à l’encontre de tout ça.

C’est ça qui est surprenant. Et en même temps, on est yogis ou yoginis, mais on est des êtres humains aussi. C’est vrai que ça je l’ai compris, ce n’est pas le monde des Bisounours…

Pour autant, on a tous aussi des failles, des faiblesses. Je pense que ça dépend de la façon dont on voit le monde. Ces personnes-là qui critiquaient, ce sont des personnes plus âgées et je pense qu’il y a une mentalité de rareté, de compétition entre les gens.

Moi, je suis beaucoup plus dans une mentalité d’entraide, de soutien. S’il y a des jeunes profs, j’essaye vraiment de les aider. Je ne vais pas garder mes meilleurs conseils pour moi, je trouve que ce serait vraiment dommage.

Voilà, ça dépend du mindset en fait, de l’état d’esprit de chacun. Je ne me permets pas de juger, simplement de mettre à distance quand on sent que pour soi ce n’est pas pertinent.

 

Oui, je pense que c’est la meilleure manière de l’aborder.

C’est vrai que ça peut être un peu pesant parfois, et même blessant, quand on sait le travail qu’il peut y avoir derrière. Recevoir d’un coup un mail qui sort un petit peu de nulle part, on se dit “mince, qu’est-ce qu’il s’est passé”…

Derrière un ordi, les gens se permettent des choses qu’ils ne se permettraient pas dans la vie réelle. On parle beaucoup des haters sur les forums, sur YouTube… Il faut aussi savoir composer avec, car ça existe.

Heureusement, c’est une toute petite partie de gens, mais ce sont aussi des gens mal dans leur peau. Ils font ça parce que ça ne va pas de leur côté, donc il faut être plus indulgent par rapport à ça.

 

Oui, ne pas trop le prendre à coeur et accepter aussi – je pense que c’est important – que ça fait partie du truc.

À partir du moment où on se met un petit peu sur la scène publique et où on partage quelque chose, on est exposé à des personnes bienveillantes, qui ont envie de recevoir, mais aussi à des personnes qui le sont beaucoup moins.

Oui, exactement. C’est les accords toltèques : ne pas le prendre personnellement et se dire aussi que, de toute façon, tu ne plairas pas à tout le monde.

En même temps c’est génial, parce que ça permet de faire un tri entre les gens. Je me dis que si les gens me suivent mais qu’ils s’en fichent un peu, qu’ils suivent 50 000 autres personnes et qu’ils se rappellent à peine, ça ne sert à rien. Je préfère avoir moins de gens, mais avoir une communauté plus soudée avec plus d’interactions.

Je ne sais pas pour toi ? C’est beaucoup plus riche.

 

Ah oui ! Ça arrive encore aujourd’hui même si c’est quand même assez rare : quand on reçoit des messages ou des commentaires, on voit parfois sur certains réseaux des personnes qui, tout de suite, cherchent un petit peu les histoires… On essaye d’y mettre fin rapidement et de limiter tous les débats et effusions inutiles.

Ces gens-là ne sont pas constructifs et finalement ne font pas partie des personnes qu’on a envie de toucher et d’aider, de faire avancer et grandir. À la limite, c’est pas plus mal, comme ça ça s’équilibre naturellement on va dire.

Alors du coup tu as sorti un livre : comment s’est passée cette aventure ? D’où est venu ce projet ? C’était une envie de ta part ou bien tu as été peut-être sollicitée par une maison d’édition?

J’étais marraine d’une petite fille déjà depuis quelques années, et je donnais des cours de yoga pour enfants.

Mon tout premier cours, je l’ai donné dans une école parce que j’avais la chance que mon beau-père soit directeur d’une école. Il m’avait dit “viens, tu vas donner des cours aux enfants, ça va être génial”. J’étais trop contente !

J’ai fait ça au début, puis effectivement, c’est la maison d’édition Hachette qui m’a contactée en me disant : on voudrait sortir un livre autour du yoga pour les enfants, et l’auteur c’est vous.

J’étais assez étonnée, ça s’est fait comme ça, c’est assez magique.

 

D’accord, c’est dingue ! Tu as dû être surprise j’imagine ? Surtout Hachette !

Pendant quelques jours, je revérifiais les mails et les coups de fil ! Est-ce que c’est une caméra cachée, un canular ?!

C’est vrai que j’étais vraiment super contente, j’ai baigné dans les livres depuis toute petite. Quasiment tout le monde est enseignant ou prof dans ma famille. J’adore ça, j’ai toujours un bouquin à la main, donc pour moi c’était encore plus un accomplissement.

 

Quels sont tes projets actuellement, sur le plan professionnel ? Est-ce qu’il y a des choses qui arrivent bientôt sur le blog, ou en livre ?

J’ai envie d’écrire un deuxième livre, mais je ne voulais pas me précipiter. J’ai eu plusieurs propositions, mais ça ne me convenait pas forcément : c’était beaucoup pour écrire des guides pratiques. J’ai vraiment envie d’écrire un livre plus personnel, plus autour de la philosophie, du yoga… Pour le moment ça ne s’est pas encore fait, mais ce sera le cas, j’espère, dans les années à venir.

Mon grand projet (ça dure depuis des années, c’est dans les tuyaux), c’est de former des profs de yoga, mais vraiment de A à Z.

Je fais des accompagnements sur tous les aspects : communication, marketing, business, juridique, etc. Mais je ne forme pas des profs en formation initiale : la respiration, les postures, la philosophie, la méditation… Ça, je ne l’ai pas encore fait, mais je reçois tout le temps des demandes. À chaque fois j’envoie vers des collègues, mais il y a des gens qui sont déçus, des élèves à moi qui aimeraient bien que je les forme.

Ça fait quelques années que c’est en réflexion. J’ai vraiment envie de bien faire les choses, de prendre le temps. Il y a énormément de formations de profs de yoga, donc l’idée ce n’est pas de juste en ajouter une. C’est vraiment de bien penser les choses.

Donc dans mes projets, dans mes rêves, d’ici peut-être un an si tout est en place, ce serait vraiment quelque chose que j’aimerais faire : ouvrir mon école de yoga.

 

Où tu accueillerais des personnes qui veulent devenir professeurs, pendant par exemple un mois, où tu les formerais vraiment de A à Z. Mais cette fois-ci vraiment sur la partie pédagogie et philosophie.

Tout à fait. Je forme déjà des profs en yoga enfants et ados, mais c’est sur 3 jours, donc c’est encore relativement court. J’ai fait plusieurs sessions et je me rends vraiment compte que j’adore faire ça, que ça prend du sens, et que c’est un autre niveau de transmission. Vraiment, je me régale !

Donc la suite logique ce serait ça, quand tout sera prêt, quand les étoiles seront alignées.

 

Quand ce sera le bon moment en fait !

Oui il y a une question de bon moment, tout à fait.

 

Ma dernière question pour toi : j’aimerais savoir si tu as un conseil à donner à nos lectrices, à celles qui ont envie d’oser se lancer dans quelque chose qui les passionne et qui a du sens pour elles. Qu’est-ce que ce serait ?

C’est toujours une responsabilité…

J’aime beaucoup les proverbes. J’en avais retenu 2 et j’aimerais les partager :

  • le premier : fait est mieux que parfait. Il vaut mieux faire quelque chose, l’améliorer au fur et à mesure, plutôt que se mettre en quête de perfection, travailler toute seule de son côté pendant un an pour finalement se rendre compte que ce n’était pas ça. C’est pas grave, allez-y, même si ce n’est pas parfait. Il y a plein de concepts en marketing comme ça, de lean product, de lean startup… Allez-y, vous améliorerez au fur et à mesure ;
  • le deuxième, un petit peu du même style : il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne fait pas d’erreur. C’était ma collègue qui disait ça. J’adore aussi parce que des fois on a peur de se tromper, on a peur de commettre une bévue, faire une gaffe… Mais c’est pas grave : quand on agit avec son coeur, avec son intuition, qu’on fait de son mieux, c’est très bien !

Je pense que les femmes se mettent beaucoup de pression : il faut être Wonder Woman sur tous les fronts, assurer tout le temps… Je suis sûre que ce que vous faites, là, vous qui écoutez, c’est super.

Donc voilà, avoir confiance et continuer.

Ce sont de très très bons conseils. Je reconnais ton empreinte de douceur et de bienveillance.

Je te remercie beaucoup d’avoir passé ce moment avec moi, je suis vraiment ravie d’avoir pu t’accueillir dans cet épisode et je te dis à très bientôt.

Je vais évidemment laisser le lien vers ton blog sur un article de notre blog, puisque ce podcast sera téléchargé mais on le proposera aussi en retranscription écrite. Si nos auditrices et lectrices ont envie de passer un bon moment en ta compagnie, elles pourront aller sur le blog de Yoga Passion.

Génial, je partagerai aussi. C’était super de faire cette interview, merci aussi pour l’invitation.

Avec grand plaisir, merci Claudia.

2 thoughts on “Interview de Claudia du Blog Yoga Passion”

  1. Merci Marie pour cette super interview 🙂

    Ca me fait plaisir de contribuer directement à “Celles Qui Osent”. Je vous souhaite le meilleur dans le développement de votre aventure et vous avez tout mon soutien, vous êtes au top les filles 🙂

    A bientôt,
    Claudia

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